Cette croissance de la fréquentation, après une légère stagnation en 2009, s'est faite dans un contexte qui n'était pourtant pas très favorable : le chômage et la crise qui impactent la mobilité, mais aussi les intempéries de l'hiver 2010 et le soutien à la filière automobile, qui a dopé les ventes et l'utilisation de la voiture particulière.
"On sent bien que nous sommes à une période charnière : le transfert modal de la voiture vers le transport public est entamé et la prise de conscience des Français du caractère écologique et économique de ce mode de transport est réelle. Ça devrait accélérer la "bascule" si bien-sûr on s'en donne les moyens", commente Stéphanie Lopes D'Azevedo, chargée de mission de l'UTP.
Le transport public urbain français est dans une situation paradoxale. La fréquentation augmente régulièrement depuis 10 ans
(+ 25% - lire), mais les recettes par voyage baissent. Un mouvement imputable à la fois à la croissance du nombre de bénéficiaires de tarifs sociaux et à la réticence de certains élus d'augmenter leurs tarifs au moins au niveau de l'inflation.
Un nouveau modèleCe contexte inquiète de plus en plus les opérateurs de transport adhérents de l'UTP, mais aussi les élus du Groupement des autorités responsables de transport (GART), qui réfléchissent ensemble depuis plusieurs mois à un nouveau modèle économique du transport urbain
(1). "Comment dans ce contexte (de baisse des recettes ndlr), espérer maintenir le niveau d'offre que les voyageurs attendent ? Combien de temps une telle situation est-elle tenable ?", s'interroge Bruno Gazeau, délégué général de l'UTP.
En 2010, la fréquentation a augmenté en moyenne de 1,8% dans les réseaux urbains. "Ces dernières années, on voyait bien la dichotomie entre les réseaux des grandes agglomérations ou la fréquentation était dopée par la mise en service de modes lourds, comme le tramway, et les plus petites ville qui peinaient parfois. C'est encore le cas pour 2010, mais on note également des variations importantes suivant les politiques plus ou moins volontaristes menées par les collectivités", souligne Stéphanie Lopes d'Azevedo.
Volonté politique
Ainsi dans les agglomérations de province de plus de 250 000 habitants qui sont, pour la plupart, dotées de transport en commun en site propre (TCSP), la fréquentation a augmenté de 2,1 %. Mais la plus forte croissance est à mettre au compte des agglomérations de 50 000 à 100 000 habitants : + 3%. Ces réseaux ont accru leur attractivité soit en augmentant leur offre, ce qui est le cas le plus fréquent, soit en diminuant leurs tarifs analyse l'étude.
Pour les agglomérations de taille intermédiaire (entre 100 000 et 250 000 habitants), la fréquentation n'a augmenté que de 0,2%, ces réseaux étant en pleine mutation, selon l'analyse de l'UTP. Brest, Dijon ou le Havre par exemple, ont lancé les travaux de leurs tramways et Avignon projettent de le faire. L'effet TCSP devrait s'y faire sentir dans les prochaines années.
En 2011 l'embellie s'accentue. Pour les neuf premiers mois de l'année comparé aux neuf premiers mois de 2010, les chiffres de l'UTP montrent une augmentation du trafic de 4,3%.
Robert Viennet
(1) Un débat sera consacré à ce thème lors du salon européen de la mobilité qui se déroule à Paris du 5 au 7 juin 2012 à Paris, Porte de VersaillesSe procurer les chiffres clés : cliquez ici