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15 Avril 2011   Groupes   

Veolia Transdev pourrait se désengager dans certains pays



Directeur général de Veolia-Transdev depuis mars 2011, Jérôme Gallot a pour mission de réussir la fusion entre les deux entités, puis de réaliser un "développement rentable" du nouvel ensemble. Une politique qui va se traduire par un recentrage des activités du mastodonte des transports publics et donc, l'abandon de certaines implantations à l'étranger. Interview.



Jérôme Gallot, directeur général de Veolia Transdev. © N.A - Cliquez pour agrandir la photo
Vous avez pris les commandes de Veolia Transdev depuis un mois et demi, quelle est votre feuille de route ?

Jérôme Gallot : Celle qui m'a été donnée par les administrateurs : réussir la fusion, faire un développement rentable du nouveau groupe et, si les conditions de marché le permettent, réaliser une entrée en Bourse au second semestre 2012. Réussir la fusion est un exercice complexe. Il s'agit de mettre un point final aux modalités d'organisation et de fonctionnement du nouvel ensemble puis de les soumettre, d'ici à fin avril, aux instances représentatives du personnel. Elles devraient statuer en juin.
Jusqu'à présent, on ne peut pas fonctionner comme une entreprise intégrée et donc créer les synergies nécessaires à notre développement. Nous ne pouvons pas nous permettre de prendre plus de retard sur ces questions de gouvernance, cela risquerait de pénaliser notre performance en 2011 et 2012. Une fois cette étape franchie, nous pourrons nous consacrer entièrement à la construction d'une culture et d'une identité commune.  


Comment construire une culture commune entre deux groupes aux valeurs différentes ?

Ça ne se décrète pas, la construction d'un "affectio societatis" commun à tout le personnel se fait petit à petit en créant l'adhésion. Dans une quinzaine de jours, nous réunissons les 130 principaux cadres internationaux du groupe. Une opération qui sera démultipliée à la rentrée avec un public encore plus large de 600 cadres.
Nous travaillons aussi à la création d'un logo et d'une marque. C'est une étape importante pour la création d'une identité commune.



Quel est le projet industriel du nouvel ensemble ?

Nous devons nous mobiliser autour de trois grands objectifs. D'abord, il nous faut accroitre notre performance. Ensuite, poursuivre notre développement tout en étant très mobiles. Ça veut dire, trouver des marges de manœuvres et ne pas hésiter à remettre en cause certains contrats, peu ou pas rentables, pour mieux nous concentrer sur d'autres. Enfin, troisième objectif, l'innovation.
Les deux entreprises ont su développer des compétences complémentaires, Veolia dans les services numériques, par exemple, Transdev dans des domaines comme l'intermodalité. Nous devons faire rimer performance et complexité technique avec simplicité d'utilisation pour les clients.  


Comment comptez-vous rassurer les élus de Trans.Cité inquiets sur
l'avenir de la culture de l'économie mixte qui faisait l'identité de Transdev et sur le rétrécissement de la concurrence ?
D'ici au mois de juin, j'aurais effectué une douzaine de déplacements en province pour les rencontrer, dialoguer, et les rassurer. Nous travaillons sur deux sujets, à la suggestion des élus de Trans.Cité : le premier, c'est de modifier un peu les statuts de l'association pour qu'elle puisse accueillir au cas par cas des autorités organisatrices qui avaient confié leurs réseaux de transport à Veolia.
Par ailleurs, nous allons œuvrer pour qu'il y ait une appropriation au sein de Veolia Transdev des valeurs défendues par Transcité, notamment le modèle français de l'économie mixte qui pourrait être exporté au-delà de nos frontières. Le nouveau groupe peut parfaitement s'incarner dans ce mélange de défense de l'intérêt public et la performance économique et financière.


Dans le cadre de la fusion, est-il vrai que les autorités organisatrices de Trans.Cité ont jusqu'à fin 2011 pour dénoncer les contrats en cours et dans ce cas, comment comptez-vous vous y prendre pour éviter les défections ?
Il y a en effet une échéance à la fin 2011 et le terme retenu est "agrément". Les AO ont jusqu'à la fin de l'année pour donner leur agrément au nouvel ensemble. On a entamé un dialogue pour que cet agrément puisse être retenu. Je me place résolument dans la perpective ou nous l'obtiendrons, faute de quoi, on avisera au cas par cas. On n'en est pas là, pour l'instant, nous sommes dans la puissance de conviction...


Revenons à la stratégie de développement de Veolia Transdev. Allez-vous privilégier certains marchés ? Aurez-vous une stratégie basée sur les modes de transport ?

Nous avons une réflexion fondée à la fois sur la géographie et sur les modes. Nous allons privilégier quatre zones géographiques principales : la France, les Pays-Bas, les USA et l'Allemagne. Ce sera le socle de notre développement. Ce qui n'exclut pas des stratégies opportunistes, sur les pays émergents par exemple.
Je rappelle qu'aujourd'hui nous sommes présents dans 28 pays. Nous devons atteindre une taille critique dans les pays où nous sommes implantés. Si nous ne l'atteignons pas, il faudra alors choisir entre accroître notre effort ou abandonner certains marchés. Je le répète, nous devons être mobiles.
Le marché mondial du transport public représente 300 milliards de dollars et seulement un tiers est déjà ouvert à la concurrence. Globalement, les taux de croissance du secteur dépassent les 5%, mais certains segments comme le ferroviaire ou le transport à la demande (TAD ndlr) sont encore plus porteurs. Dans les pays où nous sommes déjà bien développés, je pense à l'Allemagne pour le ferroviaire ou aux Pays-Bas pour le TAD, nous poursuivrons notre croissance sur ces secteurs. C'est aussi un savoir-faire que nous pouvons exporter dans d'autres pays pour y trouver des relais de croissance.
Nous nous intéresserons aussi prioritairement aux systèmes d'un haut niveau de complexité et d'innovation. Par exemple, des projets de ticketing et d'intermodalité comme ceux que nous avons mené aux Pays-Bas ou dans les Alpes-Maritimes. Maitriser la complexité technique pour la mettre au service du client final, ça peut être un autre étendart de Veolia Transdev pour nous différencier de nos concurrents.  


Vous n'avez pas cité l'Asie comme axe de développement, la zone n'est pas prioritaire ?
Non, mais j'ai dit que nous aurions aussi une stratégie d'opportunités. Pour l'instant, en Asie nous sommes présents à Séoul et à Mumbai avec le métro, à Hong Kong avec le tramway, en Inde et en Chine avec des réseaux de bus. Il est sûr que l'Asie est une zone en forte croissance, nous verrons si nous renforçons nos ambitions au-delà de cette stratégie un peu opportuniste que nous avons menée jusque-là.  

Propos recueillis par Robert Viennet et Nathalie Arensonas





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