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9 Novembre 2010   Réseaux   

Transports urbains : baisse de la fréquentation et recettes en berne



Pour la première fois depuis 2005, la fréquentation dans les réseaux de transport urbain marque le pas avec une progression de seulement 0,7%. En cause, la crise économique, le recul du prix du carburant et l'effet de la prime à la casse. Conséquence, le trafic automobile redémarre et les recettes commerciales des transports publics font grise mine.



Pour la première fois depuis quelques années, l'usage de la voiture particulière repart à la hausse dans les villes. (Auteur : N.A)
La profession était habituée à mieux. Depuis trois ans, à chaque présentation des chiffres clés de l'année écoulée, l'Union des transports publics et ferroviaires (UTP) annonçait des résultats de fréquentation à la hausse : environ 6% en 2006, 2007 et 2008, "les trois glorieuses" pour Cyrille du Peloux, président de l'UTP.
Brusque coup d'arrêt de cette envolée en 2009 avec une modeste hausse de fréquentation de 0,7 % dans les 127 réseaux de transport de province passés à la loupe par l'UTP qui présente aujourd'hui ces "chiffres clés 2009" devant la presse.

En cause, la crise économique et ses effets sur les déplacements domicile-travail, la baisse du prix des carburants qui a permis aux Français de reprendre comme un seul homme le volant de leur voiture, mais aussi les efforts du gouvernement pour soutenir l'industrie automobile - prime à la casse et bonus-malus, qui ont eu un effet pervers sur l'usage des transports publics.

Conséquence, le nombre d'immatriculations de voitures neuves a augmenté de 10,7% et pour la première fois depuis plusieurs années, le trafic automobile est reparti à la hausse.


Recul dans les petites villes


En 2009, le trafic des réseaux de transport urbain a très peu progressé avec 2,304 milliards de voyages, soit une hausse de 1,1 % de plus qu'en 2008. La fréquentation marque encore plus le pas avec 110 voyages par an et par habitant, soit + 0,7% seulement par rapport à 2008.

Les chiffres sont variables selon la taille des agglomérations : dans les grandes villes, la fréquentation se maintient à 148 voyages par an et par habitant (+ 1,1%), dans les villes moyennes, elle rétrograde à 76 voyages (+0,5%) et à 41 voyages dans les petites villes (-0,9%).


Baisse des tarifs et des recettes


Conséquence directe du ralentissement de la fréquentation dans les transports urbains, les recettes commerciales dégringolent de 0,2%, à 1,18 milliard d'euros. Excepté dans les petits réseaux où elles progressent de 2,2% Dans les réseaux moyens en revanche, les recettes accusent une baisse de -1,2% et de -0,2% dans les grands réseaux.

Ces chiffres s'expliquent évidemment par la baisse du nombre de voyageurs mais aussi par le développement des tarifs sociaux, voire la gratuité totale comme à Libourne récemment (lire), décidées par les autorités organisatrices de transport (AOT).

Autre phénomène à prendre en compte selon Stéphanie Lopez d'Azevedo, chargée de mission à l'UTP, l'instauration de la prime transport puisque de nombreux réseaux ont baissé les tarifs des étudiants pour éviter qu'ils ne paient plus cher que les salariés !


Ça recrute à tout va

La production augmente de 1,5% avec 634 millions de kilomètres. Les villes de moins de 100 000 habitants sont les plus prolixes avec une augmentation de l'offre de 2,8%, suivies par les grandes métropoles (+1,6%) et les agglomérations de taille moyenne (+0,8%).

Dans le même temps, les réseaux ont augmenté leurs effectifs de plus de 3%. En 2009, le secteur du transport public comptait plus de 46 000 salariés dont plus de 30 000 conducteurs. Les recrutements sont allés bon train dans certains réseaux (Valence, Amiens, Toulon, Nancy, la Rochelle par exemple) parfois pour anticiper des développements futurs, alors que la production kilométrique n'a pas augmenté en proportion.

Ces dépenses de fonctionnement à la hausse (+ 4,4% à 3,22 milliards d'euros en 2009) ont forcément dégradé le "taux de couverture" des réseaux. Alors que ce ratio dépenses/recettes s'était redressé en 2008, il caracole à 36,4% dans les grandes agglomérations (28,4% dans les villes moyennes, 25,5% dans les petites).


Tendances 2010

Ces "mauvais" chiffres 2009 se confirment-ils en 2010 ? Difficile de le dire car selon Anne Meyer, directrice du département Clientèles, exploitation et recherche à l'UTP, cela varie beaucoup d'un mois à l'autre. Toutefois, selon le dernier tableau de bord d'octobre publié par Transport Public (qui publie une enquête sur le sujet dans son numéro de novembre 2010), le trafic semble se stabiliser. "On devrait rester sur une reprise lente mais progressive", commente Cyrille du Peloux.
Au cours du premier semestre, le nombre de voyages progresse de 1,1%, mais les recettes continuent de baisser alors que les dépenses augmentent. Nous allons devoir mener une réflexion tarifaire importante, conclue le représentant des opérateurs de transport public.

Nathalie Arensonas

Trafic : nombre de voyages réalisés sur l'ensemble des services du réseau urbain.
Fréquentation : nombre de voyages divisé par le nombre d'habitants desservis.



Pour lire l'enquête détaillée de Transport public sur les chiffres de fréquentation : suivre ce lien




3 questions à Bruno Gazeau, délégué général de l'UTPAprès de bons scores depuis cinq ans, comment s'explique ce coup d'arrêt ?

Le fort recul de la fréquentation résulte directement de la crise économique qui a réduit les déplacements domicile-travail, en particulier en Ile-de-France. On constate également, ainsi que le souligne la Commission des comptes des transports de la Nation que les mesures gouvernementales (prime à la casse et bonus-malus) ont dynamisé la mobilité en voitures particulières en 2009.
 

La reprise du trafic automobile est-il automatiquement lié au recul de trafic dans les transports publics ?
Il n'y a pas de lien automatique, il y a les choix des individus : ils veulent accroître leur mobilité. Ce que disent les chiffres, c'est que contrairement aux années précédentes, la mobilité individuelle progresse davantage que la mobilité collective. On peut penser que les investissements dans les transports publics réalisés par les collectivités locales à l'issue des appels à projets du Grenelle de l'Environnement, et l'évolution plus forte du prix de l'essence inverseront à nouveau cette tendance.

 
Les recettes sont à la baisse (jusqu'à -1,2% dans les villes moyennes ) et l'offre à la hausse (jusqu'à + 2,8% dans les petites villes) ce qui impacte forcément le taux de couverture : pourquoi ce décalage ?  
Lorsque vous décidez d'améliorer la desserte des communes nouvellement intégrées dans le périmètre de transport urbain (PTU), d'augmenter les fréquences ou d'étendre les services du soir, vous prenez des décisions pour une certaine durée qui ont un impact sur les coûts.
A contrario, la baisse de fréquentation se traduit immédiatement dans les recettes, de même que le transfert des titres de transport ordinaires vers des tarifs sociaux en période de difficulté économique.

Propos recueillis par N.A

Les chiffres RATP et SNCFEn 2009, le trafic RATP a décroché de 0,8%, celui de la SNCF n'a progressé que de 0,1% et celui des TER de 1.2%.
Pour 2010, la tendance s'inverse à la RATP avec un redémarrage du trafic de 2,4%, 0,9% sur le Transilien et  1,3% sur les TER au premier semestre.



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