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12 Juillet 2012   Interview
  

Pourquoi Lille a choisi Alstom pour son métro automatique ? Eric Quiquet s'explique



Premier vice-président de la commission transports de Lille Métropole, Eric Quiquet revient sur le choix de la collectivité locale, en mai 2012, d'acheter 27 rames de métro automatiques à Alstom (266,4 millions d'euros) plutôt qu'à Siemens dont l'offre était 11 millions d'euros moins chère. Pour Mobilicités, l'élu EELV lève une partie du voile sur les motivations de ce choix et commente les procédures judiciaires autour de ce marché controversé.



La métro automatique Val à Lille. © Christophe Recoura
Mobilicités : Vous assurez que le choix d’Alstom n’a pas été guidé par le patriotisme économique, alors quel a été le critère déterminant ?

Eric Quiquet : Si nous avions voulu prendre le moins cher, nous n’aurions pas choisi Alstom ni Siemens, mais Bombardier. En matière de qualité, il y avait trois bonnes offres qui se tenaient. Ce qui a fait pencher la balance en faveur d’Alstom, c’est une logique financière globale. Dans le rapport que nous a transmis Transpôle (l'exploitant du réseau des transports urbains, ndlr), les coûts de maintenance d’Alstom sont nettement inférieurs à ceux de Siemens.
Le chiffre est confidentiel, je ne peux vous le donner  (il serait de 1 million d’euros par an selon nos informations, ndlr). Les dix millions d’euros d’écart en défaveur d'Alstom sur le prix d’investissement seront largement compensés par les coûts de maintenance. Sur une durée de vie des rames de 40 à 50 ans, cela représente un gain substantiel. Les critères de localisation d’activité ne figuraient pas dans le cahier des charges. En tant qu’autorité organisatrice de transport, on a voulu une vraie compétition entre trois majors qui se battent à l’échelle de la planète, et nous l’avons eue.

 



Eric Quiquet, premier vice-président transports de Lille Métropole. © DR
Le critère de l’expérience plus favorable à Siemens a donc moins pesé ?

Si nous nous étions focalisés uniquement là dessus, à quoi cela servait-il alors de faire une compétition ? Il aurait suffi de négocier de gré à gré avec le constructeur qui a le plus d’expérience sur cette solution. Nous avons en quelque sorte rebattu les cartes. Je pense aussi aux autres collectivités. Quand Toulouse, Rennes  - et Lille Metropole pour l’autre ligne - voudront renouveler leur matériel, le jeu leur paraîtra assez ouvert entre Siemens et Alstom, et peut-être Bombardier. On a pris notre décision sur des critères techniques et financiers. Il est vrai qu’avec Alstom, on part avec un constructeur qui n’était pas à l’origine du métro de Lille, mais la prise de risque est à mes yeux moindre qu’à l’époque où on se lançait dans ce nouveau type de métro sur pneu.

 

Ne craignez vous pas des risques de retard à la mise en service ?

Le constructeur s’est engagé sur un calendrier précis. En cas de retard, Alstom paiera des pénalités prévues au contrat et qui sont d’ailleurs assez lourdes.

 

On a récemment appris que Lille Métropole a engagé une action en justice contre la pression de Siemens avant la décision du 11 mai. S’agit-il de contrecarrer les tentatives de recours de Siemens ? 

Non, car cela n’a rien à voir. La veille de la réunion de la commission d’appel d’offre du 11 mai, Jean-Marc Germain, directeur de cabinet de Martine Aubry, a reçu un mail de la vice-présidente de Siemens basée à Berlin. Il était adressé en copie à des tierces personnes qui, ni de près ni de loin, n’ont participé à la négociation. Ce mail montrait que le candidat détenait des informations sur son classement qui n’auraient jamais du être en sa possession et il se plaignait des conséquences de notre décision sur l'avenir de Siemens France. Ce qui n’est pas le problème de la communauté urbaine.
L’enjeu, c’est de garantir à ses habitants un matériel roulant de bonne qualité, au meilleur coût en investissement comme en fonctionnement. Nous n’avons pas porté plainte mais nous avons informé dans la foulée de ce mail, le procureur qui a considéré que parce qu’il y avait des pressions, il y avait matière à déclencher une enquête.


Ce que vous avez dénoncé comme des pratiques "ahurissantes" n’est-il pas courant sur les gros marchés où tout finit par filtrer ?

Peut-être qu’ailleurs cela peut se passer ainsi, mais à Lille, les procédures doivent être respectées. Ce que je trouve également ahurissant c’est que le pdg de Siemens France essaie, la veille de la commission d’appel d’offres, de rencontrer la présidente de la Communauté urbaine qui n’a pas suivi ce dossier. L’enquête devra dire la façon dont Siemens s’est procuré ces documents.

Elle peut aussi mettre en cause Lille Métropole en montrant éventuellement qu’au sein de la commission d’appel d’offre, des membres ont jugé bon d’avertir Siemens. Qu’en pensez-vous ?

C'est à l'enquête de police de le démontrer.

Quel commentaire vous inspire le recours administratif de Siemens ?

Que Siemens ait fait un recours administratif pour défendre ses intérêts, c’est tout à fait dans son droit et c’est assez classique. En tous cas, notre démarche auprès du procureur n’est pas destinée à avoir un effet dissuasif sur Siemens.  


Propos recueillis par Marc Fressoz




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