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12 Octobre 2011   Interview   

Jérôme Gallot : "Pour rétablir notre rentabilité, nous ne répondrons pas à certains appels d'offres"



Présent aux Rencontres nationales du transport public à Strasbourg, le directeur général de Veolia Transdev fait le point sur la réorganisation et la stratégie du groupe fusionné. Interview



Jérôme Gallot, directeur général de Veolia Transdev. © N.A
Mobilicités : Où en est la réorganisation du groupe Veolia Transdev (VTD) fusionné ? Les deux ex-concurrents semblent avoir des difficultés à former un groupe cohérent, y a t-il des doublons inextricables ?

Jérôme Gallot : Non, ce n'est absolument pas inextricable. La fusion représente un enjeu dans deux pays : en France (37% de notre chiffre d'affaires) et aux Pays-Bas. Ailleurs, au Canada, en Allemagne, en Australie, sur la péninsule ibérique, la question est réglée. Après avoir fusionné, nous sommes maintenant dans la phase de construction d'une entreprise reserrée et la plus efficace possible avec une chaîne de commandement unifiée.  Depuis le closing en mars 2009, il y a eu 40 départs en France, au siège essentiellement. Je rappelle que l'objectif des actionnaires est, dans les trois ans qui suivent le closing, 180 départs en France (sur 1 100 salariés), et 120 chez Connexxion aux Pays-Bas. Soit 300 départs au total, nous verrons si c'est suffisant. Nous sommes en train de mettre un point final à cette réorganisation, elle sera proposée début novembre au conseil d'administration.


Antoine Frérot, pdg de Veolia Environnement, disait il y quelques semaines que l'introduction en bourse de VTD ne se ferait que si les conditions de marché sont réunies. Pourtant la presse financière continue d'annoncer cette introduction pour 2012 : où en est-on ?

Deux conditions sont nécessaires : d'une part, il faut que la rentabilité de l'entreprise soit suffisante. Il est trop tôt pour savoir si dans un an, nous l'aurons rétablie. Nous nous y employons, notamment en revisitant les appels d'offres dont la rentabilité s'est dégradée dans le grand urbain. Il faut agir sur les coûts et sur les recettes. Deuxième point, que les conditions du marché le permettent, c'est assez incertain pour l'instant. 2012 ou pas ? Je ne peux pas vous répondre, mon job est de faire en sorte que l'entreprise soit en situation financière pour une introduction en bourse.

Envisagez-vous d'être plus prudent dans la recherche de nouveaux marchés urbains ? 
Le transport urbain est notre cœur business, il peut arriver que nous ne répondions pas à des appels d'ofres. Depuis cinq mois, le groupe se mobilise car il y a de gros renouvellements de contrats en 2011, et il y en aura autant en 2012 et 2013. Le groupe sera présent, mais nous serons en effet plus prudents. Nous ne souhaitons pas travailler à perte, nous devons réaliser une marge même si elle doit être raisonnable. Dans les réseaux urbains français, on ne peut pas continuer dans les directions prises ces dernières années avec des contrats en sous-rentabilité.

A Reims justement, le déficit de Transdev n'est-il pas le signe que l'offre faite aux élus était à un prix trop bas et non tenable pour l'opérateur ?
Le tramway de Reims a été mis en service en avril, c'est un contrat complexe avec un risque commercial important pris par l'opérateur. Et la situation est tout aussi complexe sur le plan juridique. Le déficit prévisionnel (6 millions d'euros ndlr) est notamment lié à un dysfonctionnement de la billettique. Autrement dit, des usagers qui veulent acheter leurs tickets n'y arrivent pas et c'est un manque de recettes évident ! Nous discutons actuellement avec le groupement Mars (concessionnaire chargé de la construction et de l'exploitation du réseau de transports rémois ndlr) sur ce sujet délicat et un nouveau directeur du réseau a été nommé fin septembre.

Veolia Transdev a perdu les contrats de transport de Metz, Aix-en-Provence et Orléans. Comment interprétez-vous ces échecs successifs ?
Nous avons en effet perdu ces trois marchés, une SEM et deux délégations de service public... Mais nous en avons gagné d'autres, pas si importants certes (Longwy, Mont-de-Marsan) et sommes dans l'attente du renouvellement de Nancy. Et à l'international, nous avons remporté un contrat aux Pays-Bas et un autre à Long Island aux Etats-Unis. Si je fais les comptes, depuis l'annonce de la fusion des deux groupes en 2010, il y a eu 11 renouvellements de contrats, 11 contrats gagnés et 8 perdus.

Les élus de TransCités qui représentent majoritairement les sociétés d'économie mixte du transport ont récemment lancé un avertissement au nouveau groupe fusionné. Quelle est votre réponse ?
Lors de la réunion de TransCités à Madrid début octobre, j'ai proposé de créer d'ici à fin 2011 une filiale commune VTD-Caisse des dépôts qui détiendrait les participations de Veolia Transdev dans les SEM. Pour arrimer le système des SEM dans l'univers de la Caisse des dépôts (porteuse des valeurs de l'économie mixte) et rassurer ainsi les élus. L'idée a été bien accueillie.

Selon la Lettre de l'Expansion, VTD aurait servi de faire-valoir
à la Région Limousin afin qu'elle négocie au mieux sa convention avec la SNCF pour ses lignes TER. Vous confirmez cette information ?
Pas du tout ! Le président du conseil régional du Limousin comme un certain nombre d'autres élus régionaux sont dans un dialogue compliqué avec la SNCF mais de notre côté, nous n'avons fait aucune offre officielle ou officieuse.

Vous venez d'annoncer une liaison ferroviaire internationale entre Paris, Milan et Venise qui sera sur les rails en décembre 2011. Avez-vous d'autres projets du même genre ?
C'est le seul projet concret avec Trenitalia pour l'instant. En revanche, nous allons candidater en Grande-Bretagne sur de grosses lignes ferroviaires régionales. Concernant les trains d'équilibre du territoire et les TER, nous nous positionnons clairement comme un acteur du rail en France et nous candidaterons dès que cela sera possible.

Propos recueillis par Nathalie Arensonas et Robert Viennet



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