Les autopartageurs sont des mutants : 30% d’entre eux déclarent en effet que, depuis qu'ils partagent leur automobile, ils se déplacent plus souvent à pied et à bicyclette, et un quart assurent utiliser davantage les transports collectifs, selon l’Enquête nationale de l'autopartage, réalisée par le bureau d’études parisien 6-T, avec le soutien de l’Ademe et du Programme interministériel de recherche de d’innovation dans les transports terrestres (Predit). A l’inverse, le recours à l’automobile diminue: le taux de possession de voitures faiblit avec l’autopartage, tout comme le nombre de kilomètres parcourus (-41%).

Cette enquête riche d’enseignements a été réalisée en ligne, à l’été 2012, via les réseaux de France Autopartage (20 services sur l’Hexagone), de Transdev et de quelques autres opérateurs. Un peu plus de 2000 personnes ont rempli le questionnaire, soit un taux de réponse de 10%. La majorité d’entre eux adhèrent à des réseaux fonctionnant en boucle : la voiture est rendue dans la station de départ. Seuls deux services, en Ile-de-France (Autolib) et à la Rochelle (Yelomobile), sont des systèmes de "trace directe" : le véhicule peut être rendu dans n’importe quelle station.

Dépenser moins

Pour expliquer ces comportements vertueux, l’enquête dresse le portrait robot de l’autopartageur. C’est un actif urbain de 30-34 ans, avec ou sans enfant, très diplômé et disposant d’un niveau de vie correct mais ne roulant pas l’or. Sensible à son budget transport, l’autopartageur habite une métropole et se trouve confronté au problème du stationnement. La contrainte économique est essentielle : 51% des autopartageurs ont fait ce choix pour dépenser moins.

L’étude s’est aussi intéressée aux convictions et valeurs des autopartageurs. Leur caractéristique : ils n’ont pas d’opinions tranchées sur la mobilité. On ne les recrute ni chez les automobilistes forcenés, ni chez les militants alternatifs : ce sont des pragmatiques, qui ont, plus que la moyenne des Français, une image neutre de la voiture comme des transports collectifs.

Reprenant une typologie utilisée par le Certu, l’enquête situe les autopartageurs dans trois profils-types d’usagers  :

  • Les "automobilistes contraints à l’usage du transport public" (34,5% des autopartageurs). Leur comportement résulte directement des restrictions imposées par les pouvoirs publics.
  • Les "comparateurs de temps", qui adaptent leur mode de transport au déplacement projeté ( 28,4% des autopartageurs). Ces citadins savent zapper d’un mode à l’autre et jouer de leur « cocktail transport ».
  • Enfin les "ancrés dans la proximité" (21,8%), qui sont soucieux de leur environnement urbain et peu amateurs de modes motorisés.


Une offre trop peu visible

Près d’un autopartageur sur trois (29%) a fait ce choix au moment où se posait la question du renouvellement de la voiture. Pour autant, 17% des répondants n’invoquent pas d’éléments déclencheurs et 26% n’ont pas répondu. Le fait d’entendre parler de l’autopartage, de lire un article sur le sujet ou de voir une station, est souvent déterminant. La décision est alors rapide : 65% des autopartageurs sont passés à l’acte dans les six mois suivants.

Pourquoi un système si vertueux et apprécié ne se développe-t-il pas davantage ? Les répondants citent en premier lieu l’attachement à la voiture personnelle, puis la faible visibilité du système : l’offre est méconnue et encore peu répandue. Le bureau d’études 6-T estime que le potentiel de l’autopartage est énorme, sans toutefois le chiffre ou le préciser. C’est dommage, car l’autopartage se développera d'autant mieux que les territoires et populations cibles sont mieux identifiées.

En outre, et contrairement à ce que le titre de l’étude semble indiquer, il existe d’autres formes d’autopartage : c’est notamment l’autopartage informel, qui représentait entre 35 000 et 70 000 personnes selon l’étude réalisée en 2009 pour l’Ademe et le Prédit, et simplement intitulée "L’autopartage entre particuliers".

Hélène Giraud