Lancé une première fois avec les années 80, puis au début de la décennie suivante, le dossier a été abandonné en 2000 pour des raisons de coût et de rentabilité, avant de refaire surface début 2011, dans la foulée des promesses du gouvernement travailliste aux élections fédérales de 2010.

"Il est temps d'analyser très sérieusement l'option ferroviaire", a déclaré en février Anthony Albanese, ministre fédéral des Infrastructures. Il a lancé les premières études de faisabilité (pour l'équivalent de 15 millions d'euros) sur la création d'un réseau ferré à grande vitesse traversant le sud-est australien. Les conclusions sont attendues fin 2012. "Cette fois-ci les pouvoirs publics semblent vraiment prêts à s'impliquer", apprécie Jean de La Chapelle, directeur de la branche Transports d'Alstom Australie.


Signe fort du gouvernement australien

Echaudé par les abandons précédents, le construteur français, qui suit de près le dossier TGV en Australie,  attendait depuis longtemps "un signe fort du gouvernement". L'annonce faite par Anthony Albanese lève les derniers doutes.

Les premières études évoquent un réseau de plus de 2 000 kilomètres entre Brisbane à Melbourne, via Sydney et Canberra. La construction prévue en plusieurs phases doit s'étaler sur une 30 ans, pour un investissement compris entre 45 et 80 milliards d'euros, en fonction des tracés et des solutions retenues. "Pour être rentable face à l'avion, le trajet Sydney-Melbourne ne doit pas dépasser trois heures contre plus de onze actuellement", précise Jean de La Chapelle.
Le réseau existant ne permettant pas de pouvoir tenir les 350 km/h nécessaires, le gouvernement se dirige donc vers une ligne dédiée flambant neuve, "qui demanderaient d'importants travaux de génie civil, comme le percement d'un tunnel sous Sydney et la mise aux normes internationales de l'écartement des voies et de la signalisation, aujourd'hui différents en fonction des Etats", explique-t-on chez Alstom.


Premier tronçon Sydney-Newcastle ou Canberra


Le choix du premier tronçon n'est pas encore arrêté. Dans un premier temps, le gouvernement a porté son attention sur la liaison entre Sydney et la ville de Newcastle, 160 km plus au nord, pour son intérêt de développement régional le long de la ligne.
Alstom, comme d'autres, estime que les 290 km de l'axe Sydney-Canberra, "présentent plus d'intérêts en terme de fréquentation potentielle, de retour sur investissement et sont plus représentatifs des avantages d'un tel système pour le pays. Surtout que les coûts sont comparables, de l'ordre de 7,5 à 18 milliards d'euros selon les documents fédéraux.

Difficile encore de savoir quand pourront être donnés les premiers coups de pioches, alors que les derniers résultats des études en cours ne seront connus que quelques mois avant les élections fédérales de mi-2013.
"Il faudrait qu'entre temps, le gouvernement démarre les acquisitions foncières le long du corridor pour souligner son engagement", espère le responsable d'Alstom, qui n'attend aucun démarrage du chantier avant cette échéance électorale. 


Elections en 2013


Une éventuelle victoire de l'opposition conservatrice ne remettrait pas forcément le projet en cause, tant il semble aujourd'hui bénéficier d'un consensus parmi la classe politique australienne. "L'irruption des écologistes au parlement fédéral aux dernières élections a changé la donne",  observe un habitué des coulisses parlementaires de Canberra. Longtemps considérée comme une solution inadaptée dans un pays aussi vaste et vide que l'Australie, le transport ferroviaire de passagers n'a jamais vraiment été considéré comme une option véritable face à la voiture et à l'avion.
"En dehors de quelques trains de prestige qui traversent le continent, comme le Ghan entre Darwin et Adélaïde, ce mode de transport est quasi inexistant dans le pays", regrette Tim Fisher, de l'Association ferroviaire d'Australie. La croissance démographique attendue dans les trente prochaines années, la mise en place début octobre d'une taxe carbone semblent avoir poussé l'actuel gouvernement à changer d'avis.
Les perturbations du secteur aérien au premier semestre 2011 - grèves à répétition chez Qantas et fermeture du ciel australien par un nuage de cendres en juin- ont aussi fait bouger les opinions.

Lire l'intégralité de cette enquête dans le numéro de novembre 2011 de Transport Public