Mobilicités : Passer de Transdev, en place depuis 30 ans à Orléans, à Keolis, c'est une petite révolution ?
Charles-Eric Lemaignen : C'est vrai que Transdev était l'opérateur historique d'Orléans. Mais aujourd'hui, il n'y a plus de position acquise. Depuis quelques années, le changement d'opérateur dans un réseau est devenu assez banal :  40% des contrats changent de mains au moment de la mise en concurrence.
Je rappellerais aussi qu'en 2003, nous avions déjà eu une vraie compétition et j'avais finalement opté pour Transdev après bien des hésitations.


Quels étaient vos objectifs pour ce nouveau contrat ?
D'abord nous voulions passer d'un contrat où l'opérateur prend le risque des charges, à un contrat où il prend également le risque recettes. Nous avons mis l'accent sur les questions de développement durable et de liaison entre le réseau de transport public et les modes de déplacement doux. Nous avons un parc d'un millier de vélos en libre-service dont 400 à assistance électrique, et nous prévoyons la mise en place de deux navettes électriques de centre-ville. Et, bien sûr, 2012 sera l'année de mise en service de Cleo, la seconde ligne de tramway et d'une vaste restructuration du réseau de bus.


Pourquoi Keolis ?
Il y a plusieurs raisons. D'abord Transdev nous proposait un réseau beaucoup plus hiérarchisé que celui que nous avons aujourd'hui et que celui sur lequel nous avons engagé la concertation, depuis deux ans, avec les 22 communes de l'agglomération. Nous avons considéré que l'offre de Keolis était plus adaptée au travail que nous avons fait et que nous prenions un vrai risque à modifier aussi fortement le réseau par rapport à son architecture actuelle. Nous avons déjà fait une première hiérarchisation du réseau entre 2003 et 2005 et nous allons l'accentuer un peu plus avec l'arrivée de Cléo. Mais nous ne voulions pas pousser trop loin la logique parce que nous avons une agglomération multipolaire et peu dense et nous ne voulions pas réduire notre réseau de transport a deux lignes de tram et quatre lignes fortes de bus. Je caricature un peu mais vous voyez l'idée.

C'est donc sur la restructuration du réseau de bus que ça c'est joué
En partie oui. Keolis nous proposait un tracé relativement proche du résultat auquel nous avons abouti avec quelques innovations intéressantes concernant notamment les réseaux de soirée et ceux du week end. Le fait par exemple de conserver le samedi et pendant les petites vacances scolaires les mêmes fréquences qu'en semaine et qu'en période scolaire pour améliorer la prestation offerte aux habitants de l'agglo. Le tout avec une production de 11,7 millions de km par an contre 11,1 pour Veolia Transdev soit 500 000 de plus que ce qui était prévu.


Ca va vous coûter également plus cher...
En fait, ça va nous coûter moins cher. La contribution annuelle de la collectivité sera réduite de 1 million d'euros malgré la mise en service de la seconde ligne de tram, la restructuration du réseau de bus et l'augmentation de l'offre kilométrique.


Ce n'est pas risqué de changer d'opérateur un an tout juste avant l'inauguration de Cléo ?
Tout changement comporte des risques. Mais Keolis a su nous rassurer sur l'accompagnement qu'il va mettre en place pendant cette période. Concernant la maintenance des tramways, par exemple, le groupe a passé un contrat avec Alstom. Ils mettront à notre disposition un ingénieur pour suivre notamment les problèmes d'alimentation par le sol. Keolis a aussi un service marketing très performant avec un directeur,  Eric Chareyron, qui va suivre personnellement la mise en place du nouveau réseau.


Vous allez maintenant entrer en négociation avec Keolis. Quand le contrat définitif sera-t-il signé ?
J'ai prévu de proposer le choix de Keolis au conseil de communauté du 18 octobre 2011. Mais comme nous avons aussi prévu de présenter la version définitive du nouveau réseau de bus en novembre, nous ferons peut-être voter les deux décisions le même jour.

Propos recueillis par Robert Viennet