Généralement dans les conflits sociaux, salariés et direction s'affrontent. Dans le Nord, ils avancent main dans la main pour s'opposer à l'attribution du marché de transport interurbain à Veolia, dans le cadre de la nouvelle délégation de service public (DSP) qui doit prendre effet le 26 août 2010 pour huit ans.

Depuis le 11 mai, les salariés du réseau de bus et autocars Arc-en-Ciel sont en grève 'illimitée", aucun car scolaire ou de ligne ne circule sur le Cambrésis, le Douaisis et le Valenciennois. Les salariés du groupement de PME (Dupas-Lebeda, Finand, Fouache, Chemin de Fer du Cambresis, et Cars valenciennois) qui exploite actuellement l'un des sept bassins de transport du réseau departemental (le bassin n°3, trois autres étant déjà exploités par Veolia) protestent contre la décision du conseil général d'attribuer ces lignes au groupe Veolia. 

Le 14 mai, ces salariés ont même bloqué la Porte de Paris à Lille, provoquant de fortes perturbations en centre ville. Pendant ce temps, Patrice Lebeda  déposait un référé au tribunal administratif pour bloquer l'attribution du marché à Veolia sur le "périmètre 3" du département (Valenciennes, Cambrai, Douai et Caudry).

Pour Patrice Lebeda, directeur de Dupas-Lebeda, "une telle décision est une injustice profonde car elle signe l'arrêt de mort de nos entreprises". Ce service représente une moyenne de 42,5% du chiffre d'affaires des PME concernées. "De plus, on va apauvrir les dessertes : au lieu de six allers-retours aujourd'hui sur ce périmètre de transport, il n'y en aura plus que deux quotidiens", assure le transporteur.


Craintes pour les emplois

Du côté des syndicats, les craintes concernent les emplois.  Si Veolia remporte le marché, une clause oblige le groupe à reprendre les salariés. "Mais nous ne voulons pas de temps partiels imposés et de salaires au rabais", assènent les représentants de la CFDT chez Dupas-Lebeda. "Veolia prévoit 130 véhicules pour 105 équivalents temps complets, faites le calcul, poursuit Patrice Lebeda. Le dossier présenté par Veolia est certes 3% moins cher que celui de Dupas, mais il y a aussi 30% de service en moins", ajoute l'autocariste nordiste qui refuse d'être un sous-traitant de Veolia.

Le 17 mai, les élus du conseil général réunis autour du président PS, Bernard Derosier, ont voté l'attribution du marché à Veolia. Les élus des communes du Cambrésis concernées par les nouvelles dessertes n'ont pas pris part au vote. "S'il le faut, on fera grève encore quinze jours", assure un délégué CGT de la PME à l'origine du référé au tribunal administratif pour bloquer le processus.

Contactée, la direction régionale de Veolia Nord-Pas-de-Calais n'a pas souhaité répondre.