Aucun bus ni tramway n'ont circulé mardi 28 juin 2011 à Clermont-Ferrand en raison d'une grève de 24h contre l'entrée de la RATP au capital de la T2C, la société d'économie mixte des transports clermontois, dont l'actionnariat est strictement local (1).
Le projet voté par le Syndicat mixte des transports clermontois (SMTC) le 16 juin 2011, consiste à ouvrir 20 % du capital à un nouvel opérateur avant le renouvellement du contrat d'exploitation du réseau de transport, fin 2012.

C'est la déclaration du président de la RATP, Pierre Mongin, le 22 juin lors d'une audition par la commission d'aménagement du territoire à l'assemblée nationale qui a mis le feu aux poudres. Auditionné par les parlementaires, le patron de la régie des transports parisiens (qui a été préfet à Clermont-Ferrand et a donc gardé des contacts avec les élus locaux) a en effet indiqué qu'il était  "en négociation avec Serge Godard (maire de Clermont-Ferrand ndlr) pour entrer au capital de la SEM des transports clermontois".


"Aucune raison de faire venir un opérateur extérieur"

Les syndicats s'y opposent fermement : "Il n'y a aucune raison de faire venir un opérateur extérieur puisque nous avons atteint, voire dépassé nos objectifs. Nous craignons que la RATP veuille faire récupérer de l'argent public local", a expliqué à l'AFP Damien Romero, représentant CGT.
Un autre débrayage est programmé le 7 juillet, avant une possible action "sur la durée" à la rentrée.

Pour les salariés de T2C, la Sem qui exploite le réseau des bus et du tramway sur pneus inauguré en 2006, c'est une aberration : "Le tram a été inauguré sans grève, ce n'est pas le fait du hasard (référence aux perturbations lors des récentes inaugurations des trams de Toulouse et Angers à cause de revendications salariales), nous ne sommes pas défaillants techniquement, alors pourquoi un autre opérateur pour, à terme, reprendre le contrat d'exploitation ?, s'interroge un cadre de T2C.


"La Sem est à bout de souffle"

Pourquoi changer la donne ? "Parce que les incidents, pannes, déraillements se multiplient sur la ligne de tramway sur pneus, nous avons même eu un incendie sur une rame", argumente Louis Virgoulay, vice-président du Syndicat mixte des transports clermontois (SMTC), et conseiller aux déplacements urbains de la ville. Une expertise est en cours.

"Mais aussi sûrement parce que les élus de Clermont craignent de voir T2C croquée par des prédateurs comme Veolia Transdev nouvellement fusionné (lire) ou Keolis qui s'intéresse à l'économie mixte. Ils se sentent protéger en ouvrant la porte à RATP Dev", analyse un acteur du marché.

Pour Louis Virgoulay, "la montée en puissance du réseau de transport nécessite le renforcement de la technicité de la Sem qui est à bout de souffle (...) L'entrée de la RATP peut lui donner les moyens humains et le savoir-faire nécessaires, d'autant que la Régie va bientôt exploiter deux tramways sur pneus Translhor, le même que le nôtre, sur les lignes du T5 et T6 en région parisienne", commente Louis Virgoulay.

La société des transports de Clermont, T2C, avait conclu un contrat d'assistance technique avec la RATP en 2002, pour y mettre fin en 2007, "ils les ont virés, c'est bien dommage !", commente l'élu clermontois.
"Nous avons besoin de cette compétence technique pour le tram comme pour le réseau de bus qui doit faire sa révolution, nous ne reviendrons pas sur notre décision d'ouvrir le capital, cela va muscler la réponse de la Sem au moment de l'appel d'offres", prévient l'élu.

La collectivité locale va entrer en négociation avec les candidats potentiels, prochaine consultation le 7 juillet, jour où les organisations syndicales (qui voudraient une Société publique locale) ont décidé de lancer un nouvel appel à la grève. La décision finale du SMTC doit intervenir à la rentrée.


Nathalie Arensonas

(1) Le capital de T2C est composé comme suit : 65% Syndicat mixte des transports clermontois (SMTC). Le reste : Caisse d'Epargne d'Auvergne, Chambre de commerce et d'industrie, association du personnel.