Décidément, le tramway de Toulouse rencontre souvent des problèmes à l'allumage. Après une inauguration et une mise en service ratées pour cause de grève des traminots en novembre 2011 (lire), cette fois, c'est le tribunal qui fait des siennes pour le projet d'extension de la ligne.

Les juges ont en effet "suspendu" une délibération du Syndicat mixte des transports en commun-Tisséo (la régie des transports en commun de Toulouse) déclarant d'intérêt général ce projet. 
Le tronçon en cause doit prolonger en centre-ville une ligne partant du nord-ouest de l'agglomération, près de l'usine de l'Airbus A380 à Blagnac, et dont le lancement fin 2010 avait été sérieusement perturbée par une grève.

Mais s'il a ordonné la cessation des travaux de réalisation du tronçon (ils devaient démarrer en septembre 2011), le tribunal a jugé que les travaux préparatoires à sa mise en œuvre (déviation des réseaux EDF, gaz etc...), déjà en cours, pourraient se poursuivre.

"Nous sommes vraiment stupéfaits d'une décision qui va à l'encontre d'un projet de ville", a réagi le maire socialiste de la ville Rose, Pierre Cohen, annonçant qu'il faisait appel de l'ordonnance devant le conseil d'Etat, lequel doit trancher d'ici à juillet.


"Une décision politique", selon le maire

Dans ses attendus, la justice administrative met en cause l'utilité du projet. Le tronçon prévu "double l'offre de transport" actuelle par le métro, "couvre une distance modeste" de 3,8 km, "n'assure pas un gain de temps significatif" et ne "démontre pas" que les besoins des automobilistes seront "suffisamment satisfaits" pour se passer de leur voiture. 

Le projet ne "présente pas la garantie d'une réduction significative de la circulation automobile en centre-ville" et "par voie de conséquence celle d'une limitation sensible des nuisances dans l'agglomération liée à cette circulation alors que le coût d'investissement est estimé à près de 120 millions d'euros", résume le tribunal.

"C'est une décision plus politique que juridique", s'est indigné Pierre Cohen. Le tribunal "reprend des arguments que j'ai entendus dans la bouche de nos opposants", a-t-il ajouté. "On est dans la volonté de poursuivre dans cette notion du tout voiture, déclare l'élu toulousain. Toulouse et son agglomération ont besoin d'un réseau de tramway. Notre priorité politique en faveur des transports en commun demeure intacte. Je défendrai coûte que coûte l'intérêt général de notre métropole. C'est la raison pour laquelle nous avons décidé d'introduire un pourvoi en cassation devant le conseil d'Etat", indique le maire PS dans un communiqué.

Le tribunal avait été saisi par l'Association pour un autre tracé de tramway (Apat), officiellement "apolitique" et qui réunit des riverains ainsi que des commerçants.



Nathalie Arensonas avec AFP