Mis en service en 2011 alors que l'offre de VTC était balbutiante, Autolib' a-t-il encore un sens ? La question mérité d'être posée au vu de l'évolution du nombre d'abonnés de ce service d'autopartage francilien. S'il reste un succès avec une voiture louée toute les 5 secondes, pour la première fois depuis son lancement, il perd de la clientèle.

Autolib' subit, en effet, une baisse de plus de 5% de ses abonnés depuis un an. En novembre 2016, ce vivier approchait le chiffre de 110.000 abonnés actifs à l'année (qui représentent 95% des trajets effectués). Mais leur nombre a baissé pour atteindre 103.500 en septembre 2017, s'inquiète le bureau de recherches 6-t, spécialiste de la mobilité urbaine, dans un baromètre publié le 13 novembre par le quotidien Le Parisien.

Victime de son succès ?

"Aujourd'hui, on est dans un schéma à la fois de baisse du nombre d'usagers et de baisse du nombre de locations, et on ne voit pas trop comment ça peut remonter", explique Nicolas Louvet, directeur de 6-t à l'AFP.

Il estime qu'Autolib' est en partie victime de son succès : les 4.000 véhicules électriques mis à disposition sur la voie publique étant pris d'assaut sur certaines stations, suscitent la déception d'abonnés ne trouvant pas toujours d'automobile disponible quand ils en ont besoin.
 
Les voitures en libre-service sont aussi trop souvent "dans un état assez pitoyable, car elles sont mal entretenues par les usagers" et les clients "sont déçus par des véhicules de plus en plus sales".
Les Bluecar de Bolloré sont aussi de plus en plus régulièrement squattées par des personnes sans domicile fixe et de nombreux utilisateurs expriment leur grogne sur les réseaux sociaux en publiant des photos de Bluecar inutilisables.

La concurrence croissante d'autres services de mobilité, notamment les VTC, pèse aussi même si ces derniers sont deux fois plus chers au kilomètre parcouru. "Autolib', c'est comme le Concorde, c'est une réussite politique, technologique, mais a priori un échec économique", analyse Nicolas Louvet.

Un gouffre financier

Cette tendance fragilise encore plus le modèle économique d'Autolib' et assombrit l'avenir de ce service en cours de redéfinition à mi-chemin du contrat passé entre le syndicat mixte Vélib' Autolib' Métropole et son exploitant. Le groupe Bolloré gère Autolib' jusqu'en 2023, dans le cadre d'une délégation de service public. Il s'est engagé à couvrir les pertes cumulées, jusqu'à 60 millions d'euros, à l'échéance du contrat.

Bolloré avait cependant prévenu début 2017 que la prévision de pertes cumulées atteignait désormais 179 millions d'euros. Mais, selon le syndicat mixte, qui compte une centaine de communes adhérentes dont Paris, les pertes pourraient atteindre jusqu'à 250 millions d'ici à 2023. "Il resterait donc 190 millions à la charge du contribuable", calcule le directeur de 6-t, auprès de l'AFP. "Le syndicat mixte a demandé un audit des comptes. Mais on n'a toujours pas les résultats", souligne-t-il.

Contacté par l'AFP, le groupe Bolloré n'était pas en mesure de réagir le 13 novembre 2017. Selon des sources proches du dossier, l'exploitant réclame la fermeture de 20% des 1.100 stations Autolib' jugées non rentables afin de réduire les pertes, alors que le syndicat mixte souhaiterait plutôt des mesures de relance de l'activité.

MF avec AFP