Interrogée par l'AFP le 16 octobre 2017, la direction de la SNCF avait fermement démenti "tout projet de filialisation ou de privatisation pour 2018" affirmant également qu'il n'y avait "pas de projet de suppression de 3.000 emplois pour 2018".

Depuis quelques semaines, les rumeurs bruissent en interne sur une profonde restructuration de l'activité fret, en perte depuis de nombreuses années, et un risque d'accélération des suppressions de postes, le chiffre de 3.000 suppressions (sur 6.000 postes) étant évoqué.

Selon une source syndicale, des cadres ont notamment été informés d'"un plan stratégique dans les prochaines semaines" prévoyant "le regroupement de Fret SNCF avec VFLI", filiale privée de la SNCF dans le fret.

Une "réponse alambiquée"

Devant les élus du Comité d'établissement (CE) réunis en assemblée plénière, le directeur de Fret SNCF, Jean-Marc Longequeue, a d'abord réaffirmé le contenu de cette déclaration, selon deux élus du personnel. Puis "il est sorti du bois" en évoquant "une étude lancée début septembre sur la bonne manière de recapitaliser Fret SNCF" et "dit qu'il ne fallait pas s'interdire d'organiser une filialisation en estimant qu'elle pourrait être une opportunité pour l'entreprise", ont rapporté Olivier Petit, secrétaire du CE, et Thierry Nardy, président de la commission économique. "Cette réponse alambiquée ne nous a pas rassurés", a commenté M. Petit.

Dans une motion commune, l'ensemble des élus du personnel ont dénoncé les "imprécisions" et "discours dissonants" de la direction et demandé à être "informés" des avancements de cette étude.

L’avenir du fret en jeu

Le CE appelle en outre, dans un communiqué, "l'État à jouer son rôle de stratège" et à organiser un "grand débat public" au premier trimestre 2018 sur l'avenir du fret. "Plus que jamais, le fret ferroviaire relève d'un intérêt général stratégique pour la France, répondant aux besoins de l'activité économique des entreprises, de l'environnement et de l'aménagement du territoire", écrit-il.

Dans un communiqué mercredi, la CGT-Cheminots (premier syndicat à la SNCF) fustige une "stratégie vouée à l'échec" et destructrice d'emploi, estimant que "FRET SNCF est un laboratoire d'expérimentation pour inoculer le virus qui pourrait conduire à vendre à la découpe le groupe public ferroviaire SNCF".

Lundi, SUD-rail (troisième syndicat) avait demandé au gouvernement de "stopper la privatisation" dénonçant "l'absence de courage politique" des gouvernements successifs vis-à-vis du fret.

Le fret ferroviaire, dont le CE narre la "casse" depuis les années 90 dans une vidéo mise en ligne mercredi, ne transportait plus en 2015 que 10% des marchandises circulant dans l'Hexagone, et la route plus de 87%. Confrontée depuis 2006 à la concurrence d'entreprises privées, et en interne à celle de VFLI et de Geodis, Fret SNCF a enregistré une perte nette de 314 millions d'euros en 2016 et est endettée à hauteur de 4 milliards d'euros.

AFP