"J’espère que le silence de roulage de nos autocars fera grand bruit dans le monde du transport de voyageurs." Le président de l’autocariste Savac Géric Bigot pavoise. Son groupe familial offre à Paris une "première européenne" menée avec l’industriel alsacien Dietrich Carebus Group. Sans oublier le géant chinois Yutong, qui est en réalité l’autre grand gagnant.

Le 6 octobre 2017, tout ce monde a célébré, à l’ombre de la Tour Eiffel, la mise en service d’une flotte de 12 premiers autocars à motorisation 100% électrique et construits en Chine. Les heureux bénéficiaires de cette révolution sans bruit ? Des scolaires de la capitale.

Des autocars pour les écoliers

C'est la Ville de Paris qui a suscité ce pas en avant. "Ce n’est pas une DSP de ligne régulière pour le ramassage scolaire mais un marché à bon de commande de plusieurs lots pour le transport des enfants d’écoles à la piscine, à la cantine ou pour des loisirs", explique l'entourage de Christophe Najdovski, l'adjoint à la maire de Paris Anne Hidalgo en charge des transports.
 
L’élu EELV a célébré dans son discours "cette sortie de route" du diesel en rappelant le rôle de la ville comme "acheteur public". "Demain la remise des clés d’autocars électriques sera un geste classique", prophétise Christophe Najdovski.

La capitale a eu l’idée voici deux ans de lancer un appel d’offres en imposant la fin du thermique aux autocaristes candidats. Cela ne s'est pas fait sans recours de la part des intéressés. Après un premier appel d'offres infructueux, Savac est sorti du lot. Partenaire de longue date de l’alsacien Dietrich Carbeus Group, distributeur exclusif de Yutong, il a proposé des Yutong ICe 12 dans son offre.

Regrets de la ville

"Nous avons nous-mêmes été surpris de cette réponse, car il n’existait pas de solution à l’époque. Evidemment, nous aurions préféré que ce soit un constructeur européen qui soit retenu. Malheureusement, il n’y en a aucun de prêt pour fournir des autocars électriques, pointe-t-on dans les services de la capitale. Les industriels européens sont concentrés sur le bus électriques, mais pour l'autocar, ils ne proposent que le GNV comme alternative au diesel." Pas d'Iveco, pas de Mercedes, pas de Volvo ou autres en finale.

Quoiqu'il en soit, les deux PME françaises sont aux anges. Savac qui mise beaucoup sur les motorisations alternatives – l'entreprise possède aussi des véhicules à motorisation GNV – fait une belle opération. Avec ce marché "de plusieurs millions d’euros" et d’une durée de quatre ans, Paris l’aide à acquérir "des autocars qui coûtent le double d’un autocar classique", soit 335.000 euros, mesure son président Géric Bigot.

Une longueur d'avance pour Savac

Leur utilisation n’étant pas exclusivement réservée à Paris, rien n’empêche l’autocariste, qui les recharge en quatre heures la nuit dans trois dépôts, de proposer ce même matériel pour d’autres marchés en Île-de-France sur la niche des déplacements de proximité.
 
"L’autonomie de 200 à 250 kilomètres annoncée est suffisante pour des trajets d'environ 150 kilomètres, explique Savac. Nos autocars intéressent d'autres communes comme Boulogne par exemple pour le transport d'écoliers. Et il y a aussi le marché des voyages d'entreprises."

La PME familiale, qui fête ses 80 ans, prend donc une sacrée longueur d’avance sur des grands concurrents comme Keolis et Transdev. D'autant que début octobre 2017, Savac a obtenu le feu vert de l'ex-Stif pour tester dans les Yvelines deux cars à pile à combustibles. Au total, sa flotte compte 50 véhicules à émission réduite.

Une alliance justifiée avec Yutong

Pierre Reinhart, le président de DCG, autre groupe familial, à la fois constructeur et distributeur, partageait aussi la vedette le 6 octobre. La PME alsacienne de 230 personnes est fière d'être le partenaire du géant Yutong qu'il diffuse en France, Allemagne, Benelux et en Suisse. "Yutong est le numéro un mondial des autocars" avec "1,4 autocar sur 10 construits dans le monde", "2,5 millions de m2 d'usines", et déjà 37.000 véhicules électriques en service, vante l'Alsacien.

Mais il a aussi dû s’employer à déminer "les polémiques". Car Philippe Reinhart a bien conscience de son rôle de cheval de Troie du géant chinois dont une petite poignée de représentants présents à la Tour Eiffeil restaient discrets. "Mais ces autocars ne représentent pas l'invasion de l'Europe par la Chine", répond-il.

Appel à commandes pour la future usine

"Le monde dans lequel nous vivons est un monde d'échanges, souligne-t-il. Nous voulons que nos cars soient composés des meilleurs éléments et il se trouve que les cars chinois sont en avance. Mais nous travaillons aussi pour intégrer des batteries de fabrications française, mais il faut d'abord faire des tests."
 
Mais pour rendre un peu plus français les autocars Yutong, Dietrich Carebus a une solution. "Mettez du vent dans nos voiles, nous fournirons les emplois", a lancé Philippe Reinhart à l'adresse des collectivités et autres acheteurs publics. La raison ? Dietrich va investir 20 millions d'euros dans une usine en Alsace pour assembler des cars Yutong. Le permis de construire est prêt, une centaine d'embauches envisagées... à condition que les commandes arrivent.

Yutong et BYD, les CRRC du car ?

Le poids des industriels chinois dans la fourniture de bus et cars électriques n’est pas sans comparaison avec leur place sur le marché de l’industrie ferroviaire où ils sont devenus un rouleau compresseur. CRRC, résultat du mariage de deux groupes, domine et commence à trouver des portes d’entrée en Europe (achat de Skoda).
 
Dans le bus et l'autocar, Yutong et son rival BYD ne sont pas encore mariés. Mais ils se font concurrence en France où BYD va ouvrir une usine d'assemblage à Beauvais, pour pénétrer le marché français. "Ils essaient de rattraper leur retard sur nous, commente Pierre Reinhart, conscient d'être du bon côté. Yutong est un géant, la France est une forteresse, et nous avons la clé de la forteresse", résume le président de Dietrich Carebus Group.
 
Comment va évoluer le partenariat industriel noué entre sa PME créée voici 100 ans et le géant chinois ?  Par une entrée au capital, voir un rachat à terme ?  "On ne sait pas de quoi l'avenir sera fait", répond mystérieusement celui qui est déjà allé "soixante-dix fois" en Chine.

Marc Fressoz

 
 200 à 250 kilomètres d'autonomie sans la clim'

Distribué par Dietrich Carebus Group, le Yutong ICe12 est équipé de batteries lithium fer phosphate à refroidissement par air.

Ces bateries garantissent "une autonomie de 200 à 250 kilomètres (sans la climatisation)", précisent les deux partenaires. La recharge prend quatre heures et les batterie sont garanties huit ans.

L'autocar offre 59 places en exécutions ligne ou scolaire