Les dépenses et avantages publics en faveur du covoiturage s'élèvent à 203 millions d'euros par an, selon l'enquête du bureau d'études Adetec réalisée pour le compte de l'association qualité mobilité et présentée par la Fnaut le 6 octobre 2017 (et non 260 millions comme annoncé précédemment).
 
Selon Adetec, l'utilisation des infrastructures routières représente 50% de ces "dépenses et avantages publics", la fraude fiscale et sociale (33%), la perte de recettes des transports collectifs (10%), les politiques locales de covoiturage (5%) et les plans autoroutiers (5%) et la surévaluation du barème fiscale (1%).

Les collectivités locales supportent 51% de ce coût (principalement à travers l’usage des infrastructures routières), l’État 47% (principalement via la fraude fiscale) et la Sécurité Sociale, 2%.

Des bénéfices à considérer
 
Mais ces dépenses pour le covoiturage son deux fois moins élevées que pour le vélo (520 millions) et 80 fois moins que pour les transports en commun (22 milliards). Rapporté au kilométrage total parcouru, le covoiturage coûte 2,3 centimes ; le vélo, 5,2 ; et les transports collectifs, 12,7.
 
Un coût pour la collectivité dont l'impact varie également en fonction de la distance parcourue. En effet, 90% des covoitureurs auraient utilisé leur propre voiture pour les trajets de moins de 80 kilomètres et auraient donc émis davantage de CO2. En revanche, sur les trajets plus longs, il apparaît que 48% auraient pris le train. Au global, par kilogramme de CO2 évité, les dépenses publiques en faveur du covoiturage sont 1,5 fois moins élevées que pour le vélo et 3 fois moins élevées que pour les transports collectifs...

Pour une équité entre les modes
 
Ainsi, la Fnaut considère que les nouvelles mobilités comme le covoiturage – mais aussi l'autopartage, la location de vélos/voitures/scooter, les SLO, et les véhicules autonomes – doivent se développer car elles représentent "un complément important des modes traditionnels de transport public".
 
Cependant, l'association d'usagers demande qu'il y ait une équité entre les différents modes de transport : équité fiscale et tarifaire qui intègre les coûts économiques et externes (congestion, pollution, accidents...), mais aussi les mêmes obligations et contraintes en termes de conditions d'accès et d'exercice de la profession, formation et couverture sociale de agents, d'accessibilité, de partage des données...
 
Ainsi, le bureau d'étude Adetec recommande trois types de mesures :

1) Une modification de la fiscalité et des prélèvements sociaux
 
Il s'agit principalement de baisser le barème fiscal actuel (0,57 euro/km) au niveau du coût réel de la voiture (0,34 euro) et de contrôler les déclarations de revenus affichant des frais réels. Adetec considère, en effet, que la majoration de frais réels pour les trajets domicile-travail représente un manque à gagner de 78 millions d'euros.
 
Parallèlement, le bureau d'études préconise de mettre en place une taxe carbone pour les déplacements en voiture qui rétablirait une vérité des coûts externes.
Adetec s'oppose à la création d'une indemnité kilométrique covoiturage comme le demande la start-up WayzUp, par exemple, craignant notamment que cette aide ne se fasse au détriment de la prime transport.
 
En revanche, pour l'autopartage, dont les aides publiques sont évaluées à 6 millions d'euros, imputables aux fraudes fiscales et sociales, Adetec recommande de ne pas taxer les sommes perçues losqu'il s'agit d'un simple partage de frais, mais de limiter l'autopartage entre particuliers à un véhicule par titulaire du permis de conduire.
 
2) Une adaptation des politiques publiques locales
 
Le bureau d'étude préconise aux départements, qui sont les premiers acteurs publics des politiques de covoiturage, de mieux orienter leurs financements afin de cibler en priorité les territoires peu denses et d'éviter ainsi la concurrence avec les transports collectifs.

Plus largement, Adetec plaide pour la mise en place d'une réflexion multimodale au niveau des Régions et des autorités organisatrices de la mobilité. Parallèlement, il s'agirait aussi de diminuer les investissements routiers et de reporter l'argent économisé sur les transports en commun, le vélo et la marche à pied.
 
3) Une communication et information sur le coût réel de chaque mode de transport
 
Généralement, les automobilistes ne comptent dans le coût de leurs déplacements que celui de l'essence (0,10 ct/km), et non le coût global (0,34). Le bureau d'études fait remarquer que sur les déplacements domicile-travail, le train revient cinq fois moins cher, même avec la réduction d'impôt issue des frais réels.
De même, sur la longue distance, le train est souvent plus avantageux que la voiture, même avec plusieurs passagers. Pa exemple, un Paris-Lyon revient à 187 euros en voiture contre 21 à 93 euros par passager en train.
 
Enfin, le bureau d'études comme la Fnaut souhaiteraient que l'on mettre davantage en avant les avantages des transports collectifs : sécurité, confort, fiabilité, rapidité, valorisation du temps...
 
Florence Guernalec