Autant la stratégie de SNCF Mobilités présentée par son PDG Guillaume Pepy comporte beaucoup de flou ; autant celle de SNCF Réseau élaborée par Patrick Jeantet et balisée par le contrat de performance décennal État-Réseau, apparaît bien plus lisible.  
 
"Vous n'ignorez que Jean-Cyril Spinetta a été chargé de réfléchir au financement du ferroviaire et à l’ouverture à la concurrence et qu’en outre une réflexion est engagée sur les péages, tout cela aura un impact qu’on ne peut pas encore mesurer", a justifié Guillaume Pepy le 3 octobre 2017 au cours d’un déjeuner de presse.
 
Avec Patrick Jeantet, le PDG de SNCF Réseau arrivé en 2016, il avait déjà détaillé
le "projet groupe" fin septembre devant 600 cadres de la SNCF réunis en séminaire à Rotterdam. "Il s’agit de définir enfin notre identité, notre nouvelle identité et de l’affirmer", avait-t-il alors expliqué aux cadres.
 
Plus de trains pour encaisser plus de recettes

Cette politique consiste pour le patron de l'infrastructure, qui se prépare à l’ouverture à la concurrence, à augmenter la circulation des trains sur les lignes principales pour augmenter les recettes de péages.
 
“Le réseau ferré national est en moyenne peu circulé : moins de 50 circulations/voie/heure alors que le réseau allemand, par exemple, est à 70 circulations/voie/heure“ souligne Patrick Jeantet.
 
L'objectif est rentabiliser les investissements en maintenance et renouvellement concentrés  sur les grands axes en "maximisant" l’usage de l’infrastructure. Comme dans toute stratégie, ce choix implique des renoncements. Il implique que les lignes du réseau secondaire dont les régions n’assumeront pas le financement de l’entretien sont promises à l’abandon.

Trois accélérateurs identifiés 

Comment Réseau compte-t-il augmenter le nombre de trains en circulation ? Son PDG et ses équipes ont identifié trois leviers :
  • La technologie avec l’ERTMS niveau 2, Nexteo ou les trains automatiques pour accroître le débit de certains axes ou nœuds à fort potentiel de trafic ;
  • La politique tarifaire avec des péages plus attractifs et une politique commerciale digne de ce nom ;
  • Une baisse des coûts de production par une organisation plus resserrés, plus responsabilisée, plus transversales ainsi que l'usage de nouvelles technologie et système d’information. SNCF Réseau va notamment unifier maîtrise d'ouvrage et maîtrise d'œuvre pour plus d'efficacité dans les projets.

Frictions sur les péages

Bien qu'elle soit reliée par l'EPIC de tête, la question des péages souligne une fois de plus les intérêts divergents entre les deux établissements publics, SNCF Réseau et son principal client SNCF Mobilités. Sous l’aiguillon de l’Arafer, le sujet est discuté depuis plusieurs mois en coulisse hors assises nationales de la mobilité entre le groupe SNCF et le gouvernement via la DGITM.

Pour SNCF Réseau, les efforts de SNCF Mobilités pour optimiser son activité TGV ne lui profitent pas, au contraire : "moins de TGV mieux remplis circulent sur le réseau et entraînent une baisse du montant global des péages", souligne Réseau.

D'où l'idée du gestionnaire des voies de prôner un système de péage indexé sur le taux de remplissage des rames. Certes la réforme ferroviaire prévoit que Réseau profite des efforts de Mobilités par le biais d’un versement des dividendes de Mobilités à l'EPIC de tête. Mais Réseau craint que l’État en profite à terme pour se désengager davantage.

Politique de recrutement jusqu'en 2035

Par ailleurs, Réseau qui a lancé en septembre une campagne nationale de recrutement, montre que le gestionnaire d'infrastructure se projette très, très loin. Avec son DRH,
Georges Ichkanian, il entend anticiper les besoins "jusqu'en 2035" pour calibrer la politique d’embauche en tenant compte de l'évolution des métiers avec la disparition de certains, la création de nouveaux en lien avec le numérique. Mais il s'agit aussi prévoir la décrue des effectifs en lien avec les efforts de productivité demandés par l'État.

Mais ce volet, socialement sensible, reste secret. Pas question pour Réseau qui fonctionne aujourd’hui avec quelque 50.000 salariés de dévoiler ses prévisions d'effectifs à l'horizon 2035.
 
Seule certitude, SNCF Réseau s'affirme. Il ne veut plus être considéré comme une sorte de back office de la SNCF, "une sorte d'intendance qui doit suivre les plans d’offres commerciales".
 
Marc Fressoz