"Il n’est pas trop tard pour nationaliser Alstom, en prenant position dans le capital de la nouvelle entité (...). Il n’est pas trop tard pour reprendre les négociations jusqu’à une alliance entre égaux qui aujourd’hui est fictive, en imitant la façon dont Airbus a été conçu il y a vingt ans. Il n’est pas trop tard pour racheter les co-entreprises entre Alstom et General Electric que j’avais imposées et rebâtir un acteur de la transition énergétique", assène Arnaud Montebourg dans une tribune publiée sur le site du Monde.
 
L'ex-ministre de l'Économie explique que "la décision de vendre Alstom à Siemens nous coûtera certainement très cher et aggravera encore notre faiblesse industrielle". Et de citer les conséquences : migration des centres de décision à l’étranger qui décident toujours en fonction de leurs intérêts plutôt que les nôtres, l’appauvrissement technologique de notre pays, la destruction de milliers d’emplois, dissimulée puis toujours avérée, et, bien sûr, le désastre pour de nombreux territoires et régions.
 
Arnaud Montebourg rappelle qu'il avait défendu, en 2014, un tout autre accord avec Siemens : la vente de la branche énergie sauf le nucléaire au groupe allemand en contrepartie de l'achat par Alstom du ferroviaire et de la signalisation de Siemens. "Alors que nous pouvions racheter Siemens Transport il y a trois ans, c’est désormais Siemens qui nous rachète aujourd’hui, mettant fin à un siècle d’aventure Alstom", déplore l'ex-ministre de l'Économie
 
Arnaud Montebourg s'en prend aux élites économiques, technocratiques et politiques. Après la vente des activités Énergie d'Alstom à General Electric, il évoque une "nouvelle trahison des clercs" critiquant leur "détestation à l’égard de toute forme de bien public, le mépris de la souveraineté, le refus du patriotisme économique". Mais il critique également les "pratiques peu recommandables" des États et  "les rapports de force permanents".
 
Et de citer d'autres fleurons de l'économie française qui ont connu un sort funeste – Alcatel, Lafarge, Technip... : "Il y a un point commun à tous ces dossiers. Dans la quasi-totalité d’entre eux, l’État disposait du pouvoir juridique d’empêcher la vente, et pouvait à tous coups faire autrement. S’il ne l’a pas fait, c’est qu’il ne l’a pas voulu."

F.G