Hasard du calendrier, la chaîne LCP diffusait, le 25 septembre 2017, un documentaire inédit sur le rachat de activités énergie d'Alstom par General Electric en 2014. "Guerre fantôme : la vente d'Alstom à General Electric" fait apparaître le groupe français et la France comme les grands perdants de l'accord.
 
Chat échaudé craint l'eau froide. Les organisation syndicales sont, évidemment, très méfiantes. Le syndicat CFE-CGC évoque "un choix de sophiste : on ne peut pas rester en l'état et on sait que ça ne se fera pas sans casse", explique à l'AFP son représentant Claude Mandart.

"La consolidation est une nécessité pour lutter contre le mastodonte chinois [CRRC Corp, NDLR], qui est deux à trois fois plus gros que nous", dit-il. "Et en même temps, on est inquiet car on est en choc frontal avec Siemens sur toutes nos activités: très grande vitesse, signalisation, trains régionaux, métros, tramways...", poursuit M. Mandart.

Or, "des synergies vont être trouvées, c'est d'ailleurs tout l'intérêt de l'opération, donc il y aura malheureusement de la casse sociale à moyen terme, c'est incontournable", selon le représentant CFE-CGC. Il souligne que "tôt ou tard celui qui absorbe reprend la stratégie", convaincu par ailleurs que "les Allemands savent mieux protéger leur industrie que les Français".

Forcément des doublons

Pour Philippe Pillot (FO, quatrième syndicat), l'opération représente également "à la fois une solution et un problème". "On est pleins d'interrogations", confie-t-il, car à un mariage, "si on arrive tous avec les meubles de la grand-mère, à un moment donné on n'arrivera pas à tout mettre dans la maison. Forcément il y aura des doublons".

"On est très très inquiets" car "dans une fusion, il y a toujours un gagnant et un perdant", a pour sa part réagi auprès de l'AFP Daniel Dreger (CGT, deuxième syndicat) en souhaitant que Siemens "n'ait pas 51%" et que l'État "prenne les actions" actuellement prêtées par Bouygues, soit 20% du capital d'Alstom.

"La presse allemande parle de quatre ans de maintien de l'emploi en Allemagne et en France", mais "les garanties, c'est vite changé. Siemens sera là pour gagner de l'argent", estime le représentant CGT, en rappelant qu'au printemps le conglomérat allemand a "encore annoncé des licenciements en Europe".

En 2014, le projet de rapprochement entre les deux groupes avait échoué, Alstom préférant alors céder ses activités énergie à l'américain General Electric et recentrer son activité sur le ferroviaire.

F.G. (avec AFP)
 
 
IDF : Valérie Pécrese inquiète pour ses commandes de trains
 
"Je souhaite évidemment – et je suis inquiète –  que cet Airbus du ferroviaire, qui n'est pas une mauvaise idée, ne se fasse pas au détriment de la France. Je souhaite qu'Alstom respecte les engagements de production en France qui ont été pris au moment" des commandes passées pour les transports d'Île-de-France, a déclaré la présidente de la Région, Valérie Pécresse, sur CNews.

"J'ai commandé des dizaines et des dizaines de rames, puisque j'ai commandé 3 milliards d'euros de RER nouvelle génération, la commande du siècle à Alstom et Bombardier, mais j'ai commandé aussi de nouveaux métros, j'ai commandé de nouveaux tramway, tout ça à Alstom", a rappelé celle qui est aussi la présidente de l'autorité organisatrice Île-de-France Mobilités (ex-Stif).

"J'ai déjà demandé à Alstom que tous les engagements soient scrupuleusement tenus", a-t-elle souligné, en termes de délais de livraison, mais aussi en termes de production en France, a-t-elle détaillé. "Parce que si jamais le mariage entre Alstom est Siemens se faisait de manière déséquilibrée, il y a un risque que les engagements d'Alstom ne soient pas forcément tenus, notamment sur la production en France de ces trains et de ces RER", a-t-elle mis en garde.

AFP