"L'espace public n'est pas un espace de tranquillité pour les femmes. Cela remet en cause le droit à la mobilité", résume Christiane Dupart, vice-présidente de la Fnaut qui a élaboré l'enquête sur le harcèlement sexiste dans les transports collectifs. Les résultats de ce questionnaire réservé aux femmes (66% des usagères), mis en ligne entre mi-mai et début juin 2017, doivent "servir d'outil de réflexion et d'action pour les associations locales", a-t-elle  souligné.
 
L'association d'usagers a mené pour la deuxième année consécutive cette enquête en élargissant son périmètre aux autres modes de transport (autocars, VTC, taxis) et aux pôles d'échange multimodaux. Les résultats 2017 corroborent ceux de l'année précédente : 90% des femmes qui ont répondu à l'enquête 2017 disent avoir été harcelées contre 87% en 2016  (2.975 répondantes contre 6.000 en 2016). Et il y a peu d'écarts entre les craintes exprimées et la réalité.
 
Des dispositifs de prévention et d'alertes peu connus
 
Les transports en commun (gares comprises) en Île-de-France représentent le premier lieu où sont commises les agressions sexuelles (39%). En France, il apparaît que les lieux d'intermodalité arrivent en tête des endroits où les femmes ont connu des situations d'harcèlement : les halls de gare pour 19% des répondantes, les quais (18%), les zones aux alentours des gares (18%), les couloirs d'accès souterrains (14%)...
 
Autre point relevé par l'enquête, les dispositifs de préventions et d'alertes (3617 et 36117, bornes d'appel) sont mal connus. Ainsi, 46% des femmes ayant participé à l'enquête disent ne pas avoir remarqué les dispositifs d'alerte mis en place ni la présence des agents de l'exploitant. De même, les usagères ignorent encore l'existence de dispositifs comme les arrêts à la demande et les marches exploratoires.
 
Des espaces à réaménager
 
"Il est important que les femmes se réapproprient l'espace public. Ces espaces ont été conçus par des hommes", a souligné Christiane Dupart qui cite des couloirs coupe-gorge, des terminus de ligne et certains arrêts placés à des endroits peu sûrs. "Il faut travailler sur ce sujet avec les associations locales et féministes, les autorités organisatrices pour que les aménagements urbains évoluent", a plaidé la responsable de la Fnaut.
 
Enfin, les femmes réclament une formation des agents sur le harcèlement sexiste, considérant que ceux-ci ne savent pas toujours comment réagir face à des réflexions ou des sifflements. Elles souhaitent également une meilleure sensibilisation des usagers. La campagne de communication orchestrée par le secrétariat d'État aux droits des femmes, en novembre 2015, qui était également la toute première, mériterait ainsi d'être relancée.
 
 Florence Guernalec