"Quelle entreprise accepterait que près d'un quart de ses clients ne la paient jamais ?" s'interroge la Régie des transports de Marseille (RTM) dans son dossier de presse. En 2016, 209.000 voyages fraudés par jour sur 900.000 effectués sur le réseau RTM. Le taux de fraude s'établit donc à 23,5% (+3,9% par rapport à 2009), un manque à gagner de 23 millions d'euros, soit l'équivalent de l'achat de 80 bus ou 6 rames de tramway ou encore une rame de métro, souligne la régie.
 
Depuis 2009, la RTM analyse, chaque année, l'évolution du taux de fraude sur ses lignes. Elle a établi un profil du fraudeur : un sur deux est un homme âgé de moins de 25 ans. Ainsi, la métropole Aix-Marseille Provence a décidé de créer une nouvelle tarification dite de "solidarité" destinée aux jeunes boursiers et jeunes en situation financière d'attribution d'aides publiques.
 
Depuis le 1er juin 2017, l'abonnement annuel permet de circuler sur l'ensemble du réseau RTM pour 9,90 euros par mois. Les deux premiers mois, la régie a enregistré un doublement des demandes de dossiers d'inscription par rapport à la même période l'année précédente
 
Une action tous azimuts
 
Parallèlement, la RTM a mis en place un plan d'action pour combattre la fraude. La régie a défini six axes prioritaires :

- faciliter la vente et inciter à l’achat du titre/abonnement le plus adapté : tarification solidarité jeunes, paiement dématérialisé (site internet) ;

- favoriser l’acte de validation et inciter à être en règle (bon fonctionnement des équipements, optimisation des portillons antifraude, chauffeur acteur de la validation, expérimentation d’emplacements de valideurs complémentaires sur le réseau tramway, études techniques de bouclage de certaines gares d’échange) ;

- renforcer et optimiser les actions de contrôle : cartographie ciblée, contrôle en civil, régularité, fréquence et durée de ces actions, gages de leur efficacité et de leur visibilité par la clientèle ;

- créer un nouveau barème d’amende plus dissuasif (100€ pour absence de titre valide – 5€ en cas de non validation), amélioration du recouvrement des amendes (Loi Savary instaurant le partage de fichiers avec les Institutions pour vérifier les adresses), nouveaux modes de paiement dématérialisés (paiement par carte au moment du contrôle en cas d’infraction, paiement en ligne sur site web RTM) ;

- valoriser les données par un comptage des voyageurs, exploitation fine des données pour suivre les évolutions du phénomène de fraude sur le réseau et adapter les dispositifs ;

- lancer une campagne de communication grand public événementielle, responsabilisante, récurrente (2017/2018), opérations pédagogiques terrain ciblées, poursuite des actions de prévention en milieu scolaire (rappel des bonnes pratiques), signalétique embarquée identifiable grâce à un nouveau code graphique.
 
Un contrôle ciblé
 
En outre, la RTM a mis en place un plan de contrôle sur le terrain pour les 170 agents dédiés aux opérations en dissuasion et en répression à partir de septembre 2017. Ce plan précise les effectifs, plannings, horaires et dispositifs des équipes de lutte contre la fraude. Les opérations ciblées sont organisées sur le principe d'une alternance, sur une même zone, de phases d'information et de dissuasion/répression.
Enfin, la RTM et son autorité organisatrice, la métropole Aix-Marseille Provence vont coordonner leurs efforts avec les pouvoirs publics dans le cadre de la loi Savary de lutte contre la fraude.
 
Ainsi, l’élaboration d’une convention-cadre est engagée, associant le préfet de Police/directeur Départemental de la Sécurité Publique (DDSP), la police municipale, l’officier du Ministère Public, le parquet ainsi que la direction régionale des Finances Publiques. Cette convention visera à renforcer l’information/prévention, mieux cibler les interventions au moment des contrôles RTM, améliorer le recouvrement des amendes, rendre plus efficace la lutte contre la "fraude d’habitude".
 
Pour la RTM, la fraude ne représente pas seulement "un coût économique et social important pour les collectivités et les entreprises de transport", elle "reflète également une perte de considération du transport public et du service public".
 
Florence Guernalec