Comment nous déplacerons-nous en ville dans dix ans ? "C'est une certitude, la mobilité urbaine du futur sera connectée, autonome, partagée, électrique", a résumé Guillaume Crunelle, associé responsable Industrie automobile chez Deloitte. La table ronde, organisée à l'initiative du salon Autonomy sur ce thème, montre cependant que ces quatre tendances ne vont pas toutes de soi.

D'abord, le tout électrique qui apparaissait encore comme l'alternative au diesel, s'avère à ce jour beaucoup trop cher. Ainsi, l'adjoint au maire de Paris en charge des transports, Christophe Najdovski a expliqué que la mairie de Paris comme l'autorité organisatrice Île-de-France Mobilités en avaient pris conscience. L'objectif d'atteindre en 2025 une flotte de bus à 80% électrique (et 20% au gaz ou au biogaz) ne serait ainsi plus d'actualité. "Cette proportion est en train de s'inverser", a affirmé l'élu parisien. Parallèlement, celui-ci a expliqué que la mairie de Paris était favorable au biogaz (méthanisation des déchets pour produire du GNV) et qu'il existait d’ailleurs un plan de déploiement de stations à l'échelle de l'Île-de-France.

En outre, l'arrivée attendue des véhicules autonomes pose également plusieurs questions : pour l'instant, nous en sommes encore au stade de tests dans des environnements qui "n'ont pas la densité, la complexité et la variété d'une ville comme Paris, a fait remarquer Guillaume Crunelle. La question n'est pas de savoir si on est capable de le faire, mais si on peut le faire à grande échelle, pour un usage quotidien qui changera nos villes." 

Un modèle économique qui se cherche

Par ailleurs, Christophe Najdovski a reconnu que les technologies évoluaient plus vite que la réglementation. Autre crainte de l’élu parisien, celle de voir la capitale envahie par des véhicules autonomes électriques qui certes permettront de résoudre les problèmes de pollution mais ne réduiront en rien la congestion ! C'est pourquoi Christophe Najdovski considère qu'une régulation des pouvoirs publics sera nécessaire pour que les véhicules autonomes s'intègrent bien dans un schéma multimodal des transports en commun, et ne soit pas un nouveau moyen de déplacement individuel.

L'autre obstacle – de taille – est de trouver un modèle économique, en particulier pour la filière automobile. Or, les constructeurs investissent aujourd'hui dans des modèles qui ne sont pas rentables – véhicules électriques, solutions d'autopartage – tout en devant s'attendre à une baisse des ventes des véhicules... "Ceux-ci vont avoir des choix structurants à faire d'ici 10 à 15 ans, a souligné Guillaume Crunelle. Doivent-ils devenir des gestionnaires de mobilité ?" Autre constat fait par Deloitte, les constructeurs commencent à s'apercevoir que développer les véhicules du futur coûte très cher, d'où des initiatives de rapprochement comme récemment Fiat-Chrysler qui a rejoint BMW, Mobileye, Intel et Delphi sur la voiture autonome.

Une optimisation de l'espace public

Au final, l'enjeu de la mobilité du futur, sera, selon Christophe Najdovski, de mieux partager l'espace public et de favoriser ainsi les modes de déplacements les plus capacitaires, donc les transports en commun et une mobilité plus partagée. En effet, la congestion sur les routes n'est pas tant liée au nombre de personnes qui se déplacent en voiture, mais au nombre de voitures sur la route. Car les voitures particulières représentent 13% seulement des déplacements à Paris, mais occupent 50% de l'espace public. "Si l'on passait de 1,2 passager par voiture [chiffre actuel] à 1,7, le problème de la congestion urbaine serait réglé", a souligné Christophe Najdovski. Une analyse qui rejoint celle d'Île-de-France Mobilités qui doit bientôt intégrer les offres de covoiturage dans son appli ViaNavigo. 

Ainsi, l’élu parisien s'est ainsi déclaré "très favorable" à des voies dédiées au covoiturage sur les grands axes routiers comme le périphérique qui seraient également empruntées par des lignes de bus express et des voitures électriques à condition qu’il y ait plusieurs personne à l’intérieur.

Un bouquet de services

Enfin, autre certitude partagée par Christophe Najdovski et le fondateur du salon Autonomy à Paris (1), Ross Douglas, la mobilité sera appréhendée dans le futur comme un service (cf. solutions MaaS) et non plus comme un moyen de transport que l'on possède. Il s'agit donc de passer de l'autosolisme à une multimodalité plus connectée et partagée. Ce dernier est convaincu que les voyageurs paieront pour un package de solutions de mobilité très variées qui permettront de répondre à tous leurs besoins de déplacement. Pour mettre en place, cette multimodalité, il faudra encore que l'usager y accède avec un seule appli mobile et que la somme de leurs déplacements soit agrégée dans une seule facture. Plus simple à dire qu’à faire.

"Nous aurons à notre disposition une diversité de solutions qui remplaceront les véhicules à combustion", a expliqué Ross Douglas. Mais, Pour qu'un mode de déplacement s'impose, il doit être "pratique" et à un prix "abordable", a insisté le président du salon Autonomy. Cela favorise, selon lui, l’essor de cinq facteurs :  les mobilités actives (la marche à pied et le vélo,…), la data qui doit permettre d'optimiser les trajets et de réduire les déplacements inutiles, les modes de propulsion électriques, les véhicules autonomes et l'autopartage en free-floating qui se développe avec notamment l'exemple de CityScoot qui permet de louer des scooters électriques dans Paris.

Pour Guillaume Crunelle, ce que l’on observe, pour l’instant, c’est une multiplicité des innovations sur le mode du proof of concept propre aux nouvelles technologies :  on essaye vite, on échoue vite et on recommence.… Seule certitude, les acteurs de la mobilité ont un objectif en tête : faire des JO de 2024 (quasiment acquis à Paris) une vitrine de la mobilité de demain....

Florence Guernalec

 

(1) Le salon Autonomy aura lieu du 19 au 21 octobre à la Halle de la Villette à Paris.