Voici une petite bombe de nature à "mettre de l'huile sur le feu" à quelques jours de la grève lancée de la CGT-Cheminots et Sud-rail le 12 septembre 2017 contre la réforme du code du travail. Même si les orientations du chef de l'État avaient déjà été distillées pendant la campagne des présidentielles et lors de l'inauguration des LGV le 1er juillet, la publication des propos très libéraux tenus par Emmanuel Macron pourrait mobiliser les 148.000 cheminots de la SNCF. En effet, l'interview sans langue de bois donnée par le président de la République à dix cheminots le 1er juillet 2017 et publiée dans le magazine interne Les Infos Le mag sort opportunément dans le journal Le Monde le 6 septembre.
 
Dans cette interview, le président de la République explique qu'il compte s'attaquer au tabou des régimes spéciaux de retraite. Il en précise le calendrier : "Je souhaite que l’on puisse avoir au premier semestre 2018 une loi-cadre qui donne le top départ de cette réforme, par exemple au 1er juillet 2018 ou début 2019. (…) Ceux qui étaient à cinq ans de la retraite ne sont pas touchés, les autres ont des droits acquis dans un régime et à partir de ce jour-là basculent vers un régime unique où un euro cotisé donne lieu aux mêmes droits."
 
De plus, le président de la République défend l'ouverture à la concurrence dans le transport de passagers, alors que les syndicats de cheminots ne veulent pas entendre parler. "Je pense que si SNCF, avec toute la force que vous représentez, sait s’adapter, elle sera le champion de la concurrence. La concurrence va aider les évolutions qui sont déjà en cours."

Du donnant-donnant
 
Enfin, Emmanuel Macron annonce un changement de leur métier. "SNCF sera un acteur des mobilités plurielles, beaucoup plus numérisées où les agents auront des missions plus variées." Bref, il ne faut plus considérer la SNCF comme une simple entreprise ferroviaire dont la valeur tiendrait dans ses trains et ses infrastructures. "Ce sont les voyageurs, les chargeurs, les données les concernant qui ont de la valeur dans cette entreprise."
 
En échange de ces efforts, le chef de l'État fait miroiter une reprise de la dette de la SNCF, revendication des syndicats de cheminots. Un "grand deal" donnant-donnant : "... si on reprend la dette, quel nouveau pacte social la SNCF est-elle prête à avoir ? (…) Nous demandons à SNCF d’aller plus loin sur les réformes, le statut, la mobilité, le régime de retraite. SNCF, elle, a besoin que nous allégions sa structure financière, que nous accompagnions la rénovation du réseau existant."
 
Sans surprise, la réaction des syndicats de cheminots est négative. Ils estiment qu'ils n'ont pas à "payer" la dette considérant qu'ils ne sont pas responsables de la situation financière de SNCF Réseau.
 
F.G.