L'heure n'est plus à la chasse à la voiture... même à Paris où la décentralisation du stationnement de surface au 1er janvier 2018 a aiguisé les appétits. Au mois de juin 2017, Indigo, fort de son expérience à Madrid, a remporté deux lots dans l'appel d'offres lancé à Paris, Urbis Park ayant obtenu le troisième.

Mais l'heure est à la voiture propre. Depuis le 1er juillet, l'absence de
vignette Crit'Air sur le pare-brise des voitures est sanctionnée. Adieu, donc, à la circulation alternée en cas de pic de pollution, et bienvenue à la circulation différenciée.
 

 
Pour effectuer les premiers et derniers kilomètres, les opérateurs misent surtout sur les navettes autonomes. Les expérimentations en milieu urbain se multiplient : CarPostal à
Sion en Suisse depuis juin 2016 ; Keolis à Lyon depuis septembre et à La Défense depuis juillet 2017 – pour la première fois, un test sera mené sans superviseur à bord – ; la RATP sur le pont Charles-de-Gaulle entre Gare de Lyon et Gare d'Austerlitz pendant trois mois de janvier à mars. Mais aussi Transdev qui va débuter des programmes pilotes à Paris-Saclay et Rouen avec Delphi Automotive. Il s'agira des premières expérimentations d’un service de mobilité sans conducteur à la demande sur route ouverte en Europe.
 
L'intérêt pour ce nouveau mode se matérialise même par une entrée au capital des concepteurs de navettes :
Keolis et Valeo ont ainsi pris une participation dans Navya en octobre 2016. Alstom a investi 14 millions d'euros dans le concurrent, EasyMile, en janvier 2017.
 
Le match EasyMile vs Navya

Encore au stade de l'expérimentation, les navettes autonomes ne remplissent pas encore complètement leur rôle. En attendant, le covoiturage courte distance semble enfin décoller. Pour preuve s'il en est, la RATP est entrée au capital de WayzUp, en juillet 2017, une start-up qui travaille directement avec les entreprises ou les groupements d'enteprises. Dans sa ligne de mire, les plans de mobilité que les sociétés de plus de 100 employés sur un site doivent mettre en place au plus tard le 1er janvier 2018.

Son confrère
ecov a levé plus de 1 million d'euros au mois de juin, notamment auprès de Mobiliz Invest (groupe Renault). La start-up présente Covoit'ici comme un service public de proximité avec ses stations physiques de covoiturage au bord des routes. Son concurrent Karos a noué des partenariats avec des collectivités pour faire de son service, un transport public là où il n'y en a pas comme sur la commune des Molières ou plus largement dans le département de l'Essonne.
 
Même BlaBlaCar qui s'est longtemps tenu à l'écart de la courte distance, a lancé
BlaBlaLines au mois de mai 2017. La licorne expérimente des lignes de covoiturages avec des points d'arrêt définis sur deux axes : Reims - Châlons-en-Champagne et, avec le soutien de Vinci Autoroutes, Toulouse-Montauban. C'est aussi le concept d'iDVROOM, filiale de la SNCF, qui a mis en place son service en novembre 2016 et pour six mois avec le concessionnaire d'autoroutes APRR sur l'autoroute A43 entre Bourgoin-Jallieu et Lyon et l'axe Dunkerque-Lille au mois de mai 2016.
 
Un concept que développe également l'opérateur Transdev via sa filiale Cityway et la Roue Verte. Son service Fleetme a été lancé sous le nom de
Popcar à Avignon en octobre 2016, et auparavant à Beauvais et à Auxerre.
 
Dans l'urbain, les VTC font concurrence aux taxis. Mais la profession est en crise. Depuis qu'Uber a décidé unilatéralement d'augmenter sa commission à l'automne 2016,
le torchon brûle avec ses chauffeurs qui réclament la mise en place d'un tarif minimum. Depuis plusieurs mois, la maison mère travaille aux États-Unis sur une parade avec des expérimentations de VTC sans chauffeur.
 
Le vrai revenu des chauffeurs VTC – Le Monde
 
En attendant, la nomination d'un médiateur, en décembre 2016, par le gouvernement pour résoudre le conflit a permis de mettre à jour les véritables revenus des chauffeurs. "Gagner cette moyenne de
1.700 euros suppose plusieurs conditions, énumère-t-il. D'abord, d'être indépendant pour pouvoir travailler 60 heures pas semaine, ne jamais être malade, ne pas partir en vacances, être un bon gestionnaire et avoir un certain sens des affaires, car il faut savoir être présent aux heures et aux endroits intéressants. On peut donc ramener cette rémunération sur 10 mois et demi ou 11 mois", concluait-il.
 
En outre, l'accès à la profession s'est durci, notamment avec l'adoption de la loi Grandguillaume en 2016 et la la mise en place d'
un nouvel examen. Résultat, le métier est moins attractif. L'entreprise Voitures Noires, qui propose des locations de voitures longue durée pour les chauffeurs de VTC, est en redressement judiciaire depuis cet été 2017.
 
Et si l'avenir appartenait aux VTC partagés ? C'est notamment le pari de RATP Dev qui a passé, en juillet 2016, un partenariat avec la start-up
Padam Daily à Bristol en Grande-Bretagne. C'est aussi celui de LeCab et de son actionnaire Keolis qui ont lancé, le 31 janvier 2017, le service PLUS à Paris.
 
Parallèlement, l'autopartage reste une solution convoitée par les grands opérateurs : dans le cadre de sa stratégie porte-à-porte, la SNCF a décidé, en avril 2017, de mettre
sa flotte de véhicules de services en autopartage dans une dizaine de gares. Le groupe public s'appuie sur OuiCar, start-up acquise en juin 2015, pour les réservations en ligne. C'est également le cas du département de l'Orne qui travaille avec la plate-forme web et mobile Clem'.
La RATP mise également sur l'autopartage en complémentarité de son réseau de transport. Sa filiale dédiée à l'investissement dans les start-up a pris
une participation dans Communauto Paris au mois de mai 2017.

 
Free2Move, l'appli d'autopartage pour se déplacer en voiture, à scooter ou à vélo​ 
 
Dans ce secteur également, les constructeurs automobiles se positionnent : en février 2017, PSA a lancé l'appli mobile tout-en-un "
Free2Move" qui permet d’accéder aux services d’autopartage d’une vingtaine d’opérateurs. Plus largement, le constructeur avait créé, au 1er septembre 2016, une direction des "services de mobilité" destinée à regrouper l'autopartage, mais aussi le covoiturage. PSA est notamment présent au capital de TravelCar et a lancé des offres qui permettent à des automobilistes d'acquérir une citadine de type Citroën C1 en location longue durée (36 mois), en échange de sa location au moins 20 jours par mois.

En juillet, Renault a annoncé un partenariat avec
Sanef et, en février, avec Transdev dans les véhicules autonomes. Renault-Nissan et Transdev vont travailler ensemble à la conception d’un système de transport complet et modulaire qui permettra aux clients de réserver leurs trajets et aux opérateurs d’exploiter et de gérer une flotte de véhicules autonomes. En mars, le constructeur a intégré le service de covoiturage iDVROOM dans ses véhicules connectés. Enfin, le service d'autopartage en libre-service "Renault Mobility" poursuit son déploiement depuis juillet 2016.
 
VTC, véhicules autonomes, covoiturage, autopartage... Face à ce foisonnement de nouveaux modes de déplacement complétant l'offre de transports en commun, l'Union des transports publics et ferroviaires (UTP) a décidé, lors de son AG extraordinaire du 8 juin 2017, d'accueillir, en son sein, ces nouveaux acteurs pour devenir
l'organisation professionnelle de toutes les mobilités. Parallèlement, l'UTP a créé la commission "Nouvelles mobilités, villes de demain".  Une façon de mieux préparer la smart mobility dans les smart cities.
 
F.G.