La décision prise par le Conseil d’État le 12 juillet enjoint le gouvernement de prendre toutes mesures nécessaires pour que soient élaborés et mis en œuvre des plans relatifs à la qualité de l’air permettant de respecter les directives européennes. Dans ce contexte, le décret sur les véhicules à faibles émissions de polluants, pris en application de la loi sur la transition énergétique, publié en janvier 2017, prend une dimension singulière. Les autorités organisatrices devront acheter, à partir de 2020, une proportion de plus en plus importante de bus propres pour arriver à 100% en 2025.
 
Cependant, le texte a été ardemment combattu par les professionnels en raison du montant de la facture. L’Union des transports publics et ferroviaires (UTP) a estimé que la mesure, qui entrera progressivement en vigueur à partir de 2020 pour les agglomérations de plus de 250.000 habitants ou celles concernées par un plan de protection de l’atmosphère, entraînera le remplacement des 9.000 bus au gazole actuels par des "bus à faibles émissions" dans les 24 réseaux de province de plus de 250.000 habitants et en Île-de-France. Soit
un surcoût compris entre 500 millions et 3,8 milliards d'euros selon le type de véhicules achetés – gaz, hybride ou électrique.
 

A Nantes, les véhicules circuleront sur la ligne de BHNS Busway

Transition énergétique oblige, les réseaux urbains ont déjà commencé à remplacer leur flotte de bus par des véhicules 100% électriques. Plusieurs agglomérations en ont d'ores et déjà passé commande : en juillet, Nantes a annoncé l'acquisition de 20 bus bi-articulés de 24 mètres du constructeur suisse Hess pour un investissement de 43,2 millions d'euros.
Au mois de février, Amiens Métropole prévoyait de lancer un appel d'offres pour l'achat de
43 bus 100% électrique de 18 mètres pour trois de ses futures lignes de BHNS.
Même un réseau plus modeste, comme la Côte basque Adour, a annoncé, en décembre 2016, son intention d'acheter
18 exemplaires du bus articulé 100% électrique de 18 mètres d'Irizar. Chaque véhicule coûtera 650.000 euros, soit deux fois plus qu’un bus de même type fonctionnant au gazole.
 
En réalité, c’est la la RATP qui avait donné le ton avec son plan bus 2025, dévoilé en 2014, qui prévoit de remplacer les quelque 4.000 bus de sa flotte en 80% d'électriques et en 20% de gaz naturel et biogaz pour atteindre à terme 100% d’électrique. Depuis, la Régie multiplie les tests de bus électriques des différents constructeurs : les Français
Bolloré, Heuliez, l'espagnol Irizar, le polonais Solaris, le néerlandais Ebusco, les chinois BYD et Yutong, ce dernier associé à l'alsacien Dietrich Carebus... et dernièrement Alstom-NTL.
 

Aptis, dernier-né des bus 100% électrique © Alstom/A.Fevrier
 
En mars 2017, le groupe ferroviaire a fait son entrée dans le cercle fermé des constructeurs avec son bus
Aptis qui sera testé en septembre par Keolis entre Vélizy et Versailles. La RATP annonce le lancement des premiers appels d'offre à la fin de l'année 2017.
 
De son côté, Rennes Métropole a choisi d’investir dans les nouvelles mobilités intelligentes. L’agglomération a passé
un partenariat d’innovation avec Bluebus (groupe Bolloré), début 2017. Les deux acteurs sont entrés dans une phase d’études et de conception d'un bus standard 100% électrique de 12 mètres et d'un bus articulé de 18 mètres. Si cette première étape est concluante, s'ensuivra alors une phase de tests, puis l'autorité organisatrice fera l'acquisition de bus pour le réseau Star.
 

 Le bus de démonstration de Bluebus

L'expérimentation coûtera 8,4 millions d'euros, dont 4 millions seront pris en charge par l'État par le biais du pacte métropolitain d'innovation, signé en janvier 2017, entre le Premier ministre, le président de la région Bretagne et le président de Rennes Métropole, Emmanuel Couet. 
 
Mais crise économique oblige, l'UTP souhaiterait que les pouvoirs publics mettent en place une aide à l'achat de ces véhicules propres via le lancement d'un quatrième appel à projets "mobilité durable". Sur les 2,5 milliards prévus dans le Grenelle de l’environnement, il resterait une enveloppe de 800 millions d'euros environ…
 
En outre, l'UTP compte profiter de la clause de revoyure prévue fin 2018 dans la loi de transition énergétique pour remettre le sujet sur la table. L’organisation professionnelle a ainsi proposé à la ministre des Transports de mettre en place un groupe de travail pour dresser un état des lieux complet sur la filière des véhicules électriques dans la perspective de la révision du décret à cette date. Il s’agirait de couvrir tous les sujets, notamment la manière de favoriser l'émergence d'une filière industrielle et de soutenir l'industrie européenne qui développe ce type de véhicules.

Chasse à la fraude
 
La lutte contre la fraude a mobilisé les réseaux urbains ces derniers mois. La promulgation de
la loi Savary-Le Roux, en mars 2016, a donné de nouveaux outils aux opérateurs pour dissuader les fraudeurs. Les professionnels attendent désormais l'ouverture de la plate-forme de vérification des adresses des contrevenants (VACS). L'UTP, qui met en œuvre l'outil destiné aux opérateurs, espère que celui-ci sera opérationnel au mois de septembre 2017.
 
La campagne sur le réseau francilien
 
Depuis le vote de la loi, les réseaux ont lancé de nouvelles campagnes de lutte contre la fraude sur un mixte prévention-dissuasion : la RATP et SNCF Transilien ont d'abord lancé une opération d'information sur les nouvelles règles issues de la loi Savary-Le Roux via la distribution de flyers suivie d'une
campagne d'affichage coup de poing en septembre, relancée à l'hiver 2017 et d'un renforcement des contrôles.  Résultat, une baisse du taux de fraude sur l'ensemble du réseau en Île-de-France de 13 à 27% selon les modes de transport.
 
Idem à Lille où Keolis réitère son opération bureaux vides qui mobilise le personnel administratif pour inciter les usagers à valider, puis un renforcement des contrôles qui lui ont permis de faire
baisser le taux de fraude de 10% en 2016 (13 millions de manque à gagner par an).
 
Toulouse et Bordeaux s'attaquent au porte-monnaie des contrevenants
 
A Toulouse, le manque à gagner est estimé à 10 millions d'euros par an. Le SMTC a lancé, en mai 2017, une campagne qui vise
le porte-monnaie des contrevenants – les fraudeurs – (40 à 90 euros l'amende) et les incivilités (60 à 110 euros). Idem à Bordeaux (7 millions de manque à gagner) qui avertit les fraudeurs que l'amende va passer de 51 à 72 euros et à 122 euros si le PV n’est pas payé dans les 72 heures avant un renforcement des contrôles.

De plus, l'arsenal d'outils contre la fraude se renforce. Par exemple, Ixxi lance, au mois de juillet 2017, Urban Flows, un nouvel outil qui détermine précisément les heures et les points du réseau de transport public où l’on fraude le plus, permettant ainsi de mieux cibler les stratégies de contrôle.
 
Enfin, les opérateurs mettent en place des modes de paiement et de validation plus simples pour les voyageurs occasionnels comme
le paiement par SMS mis en place à Rouen grâce à la solution d'Atsukè. Dès lors, les usagers n'ont plus d'excuses pour ne pas payer leur trajet. 
 
F.G.