"Je ne la connais pas encore." Ce commentaire de Guillaume Pepy, le patron de la SNCF, au moment où le nom de Catherine Guillouard a commencé à émerger, en dit long sur la surprise que constitue l'arrivée très probable de celle-ci à la tête de la RATP. Sans parler de celle de Systra, la société d'ingénierie dont les deux entreprises publiques se partagent la présidence tournante.

Après bien des tergiversations de l'État actionnaire, qui a plusieurs fois rebattu les cartes de sa short list – Florence Parly, Bruno Angles, Sandra Lagumina –, c'est finalement cette ex-championne de ski – douze ans de compétitions internationales et un diplôme de la prestigieuse école de ski et d'alpinisme de Chamonix, souligne-t-elle sur son CV – qui a toutes les chances de succéder à Elisabeth Borne à la tête de la RATP.

Ce petit plus sportif, l'ancienne élève de l'ENA (promotion 1993) l'a mis en avant devant le jury de la DGITM et de l'Agence des participations de l'État (APE), qui l'a auditionnée en phase finale. Savoir slalomer pour éviter les obstacles : un atout quand on doit réformer la RATP.
 
Un processus très politique

Emmanuel Macron et le gouvernement vont ainsi proposer la candidature de Catherine Guillouard comme future PDG de la RATP. C'est la première personnalité que le nouveau président de la République nommera depuis le début de son quinquennat à la tête d'une grande entreprise ou d'un organisme de la sphère publique.

Le décret qui doit faire entrer la candidate au conseil d'administration de la RATP a été publié ce 11 juillet 2017. Il lance le processus suivant : officialisation de la candidature au poste de PDG lors d'un conseil d'administration de la RATP cette semaine, puis audition devant les commissions du développement durable de l'Assemblée et du Sénat, chacune étant appelée à voter, une majorité de 60 % étant requise. A l'Assemblée où La République En Marche ! possède la majorité, il ne devrait pas y avoir de suspense. En revanche, les sénateurs pourraient se faire prier. Enfin, ce sera la nomination par décret.

On l'a compris, Catherine Guillouard, 52 ans, n'était pas dans les radars de la plupart des acteurs du transport public ni la favorite incontestée au début du processus de recrutement lancé par l'APE, dirigée par Martin Vial et par la DGITM avec l'appui du cabinet Progress. A l'évidence, Florence Parly ex-dirigeante de SNCF Mobilités était fortement pressentie... jusqu'à sa nomination comme ministre des Armées.

Dix ans chez Air France

Catherine Guillouard n'est pourtant pas totalement novice en matière de transports. Après avoir fait ses armes à la direction du Trésor à Bercy, elle passe dix ans à Air France entre 1997 et 2007. Elle y arrive pour préparer l'ouverture du capital, puis passe au contrôle de gestion, avant de devenir directrice déléguée aux opérations aériennes et, enfin, directrice financière. Entre ces deux postes, un court passage aux RH.

A la fin de cette époque, elle croise à la direction financière de la compagnie Florence Parly, épouse de Martin Vial, actuel patron de l'APE. Elle reste proche du couple, ce qui aura son importance dix ans plus tard. Car, à l'évidence, Martin Vial a poussé sa candidature après que celle de Bruno Angles et celle de Sandra Lagumina se soient neutralisées.

A partir de 2007, Catherine Guillouard poursuit sa carrière cinq ans durant à la direction financière du fabricant de satellite Eutelsat. Puis, en mai 2013, la voilà recrutée par Rexel, le fournisseur de matériel électrique pour les professionnels. D'abord chargée des finances et du juridique, elle accède au poste de directrice générale déléguée en mai 2014. Mais cela ne dure pas avec le groupe privé. 

Un chèque de départ de 1,6 million d'euros

Le divorce est prononcé en février 2017, Rexel et Catherine Gillouard se séparent pour "divergences de vue" sur la stratégie. Le groupe verse une indemnité de départ de 1,6 million d'euros bruts pour solde de tout compte. Le montant correspond à 24 mois de rémunération mensuelle de référence (67.795 euros) de la dirigeante ainsi qu'à une indemnité de non-concurrence, comme l'a indiqué le groupe.

Amenée à transformer en profondeur l'EPIC RATP pour le préparer à la concurrence progressive de toutes ses activités, la candidate au poste de PDG aura besoin de plusieurs mois pour bien comprendre le fonctionnement de l'entreprise, estime un connaisseur de la maison. C'est une des raisons pour lesquelles Valérie Pécresse, la présidente d'Île-de-France Mobilités (ex-Stif), plaidait auprès d'Emmanuel Macron pour qu'il choisisse une personne qui connaisse déjà les transports terrestres et les réseaux ferrés. Cette énarque au tropisme financier, qui aime la photo, le rock indie ou encore les arts asiatiques, devra s'aguerrir au dialogue social ainsi qu'au management d'un ensemble de 60.000 personnes.
 
Un dossier social sur fond d'ouverture à la concurrence

Cet aspect s'avère crucial, car la fin du monopole de la RATP conduira certainement la direction à rediscuter certains accords d'entreprise, un sujet des plus sensibles. Il y a fort à parier que les syndicats les plus enclins à défendre le modèle social existant comme la CGT et Sud garderont en mémoire les conditions très avantageuses du départ de Catherine Guillouard de chez Rexel. 

Administratrice d'Airbus, Catherine Guillouard est aussi membre du conseil d'administration d'Engie depuis 2015, où elle siège sur le quota de l'État. Le monde est petit. Il se trouve que l'ex GDF-Suez avait jusqu'à début 2017 une directrice générale adjointe qui s'appelait Sandra Lagumina, candidate malheureuse dans la course à la RATP…
Il se trouve aussi que le directeur général adjoint et secrétaire général d'Engie est un certain Pierre Mongin. Lequel avait démissionné en 2015 au tout début de son troisième mandat de PDG de la RATP pour rejoindre le groupe, attiré par une rémunération meilleure car non plafonnée à 450.000 euros bruts annuels...

Marc Fressoz