Depuis 2006, le chiffre d’affaires de Keolis a progressé en moyenne de 10% par an passant de deux à plus de cinq milliards en 2016. Mais, après les +12% de 2015, la progression du chiffre d’affaires n’a été que de 1,4% en 2016. Il s’agit de la plus faible croissance depuis dix ans. Un ralentissement qui s’explique par "un renforcement de l’Euro qui provoque un effet de change négatif (28 millions)" mais aussi "par des gains de contrats (450 millions en année pleine) dont les effets s’étaleront sur 2017 et 2018."

Le chiffre d’affaires 2016 de Keolis est tiré par des opérations de croissance externe réalisées un an auparavant, puisqu’entre le gain d’un contrat et sa prise en main opérationnelle, il peut s’écouler de nombreux mois. Ainsi, le gain du réseau de tramway de Manchester, un des beaux succès de Keolis fin 2016, n’impactera les comptes de keolis qu’en partie en 2017 avant d’y être totalement intégré en 2018. Pour Jean-Pierre Farandou, ce ralentissement n’a rien d’inquiétant : "Plus on grandit et plus il est compliqué d’afficher des taux de croissance à deux chiffres, mais il suffit de gagner un ou deux gros contrats pour y parvenir."

Pause à l’international

C’est à l’international que la croissance du CA de Keolis a été la plus faible (+0,5%), alors que le marché français s’est mieux tenu (+ 2,5%). Mais l’avenir sera plus rose. En 2016, le groupe a remporté, outre le tramway de Manchester, le réseau de Newcastle en Australie, premier contrat multimodal du pays (ferries et tramway), le réseau ferroviaire régional allemand de Rhein Rhur en Rhénanie Westphalie (Dortmundt), deux réseaux de bus aux Pays-Bas et plusieurs contrats en Suède.

L’international représente désormais 43% du chiffre d’affaires de la filiale de la SNCF contre 21% en 2006. Une proportion qui devrait progresser rapidement jusqu’au 50% si quelques un des gros contrats que vise le groupe en 2017 (métro de Riyad, métro de Doha, ou la franchise ferroviaire anglaise Wales and Borders) tombent dans son escarcelle.

Rentabilité en hausse

Si la croissance du chiffre d’affaires est modérée, il n’en est pas de même pour la rentabilité qui a crû quatre fois plus vite. L’excédent brut d’exploitation (EBITDA) a atteint 313 millions d’euros, soit une progression de 5,5% par rapport à 2015. Le résultat net comptable reste stable à 45 millions d’euros.

Au-delà des aspects comptables, l'année 2016 a été marquée en France par un bon bilan commercial. "Les marchés gagnés ou renouvelés ont généré un chiffre d’affaires en année pleine de 800 millions d’euros". Keolis a notamment été renouvelé à Lyon, son plus important contrat hexagonal (2,2 Mds sur 6 ans) mais aussi à Dijon où la délégation de service public englobe pour la première fois en France l’ensemble des services de mobilité : transport public, location de vélos, stationnement en ouvrage et sur voirie, fourrière….

En offensif, Keolis a remporté de nouveaux marchés comme le réseau Chronoplus de Côte Basque Adour (Bayonne Anglet Biarritz) qu’il exploitera à compter du 1er avril 2017, ou le réseau de PMR du Val-de-Marne Pam94 gagné après le renouvellement de Pam 75 fin 2016. En interurbain, 2016 a été marqué par le rachat en début d’année des transports Daniel Meyer et des autocars Jacquemard en Normandie.

2016 a également été l’année de la mise en service de plusieurs innovations comme le téléphérique de Brest, l’expérimentation de navettes autonomes à Lyon ou la prise de participation dans la société de VTC le Cab.

Malgré un climat économique difficile, les réseaux urbains de Keolis ont "atteint des performances au-dessus de la moyenne avec une hausse globale de 3,9 % des recettes et de 1,6% de la fréquentation", se félicite Jean-Pierre Farandou. Ainsi les recettes commerciales se sont accrues de 7% à Bordeaux 6,5% à Lille et à Dijon.

2017 : forte concurrence sur le marché français

A l’international, outre la compétition sur les réseaux déjà évoqués, 2017 sera marqué pour Keolis par plusieurs lancements dont celui du métro automatique d’Hyderabad en Inde, retardé depuis plusieurs années à cause de problèmes politiques et celui de la première ligne de métro automatique sans conducteur de Shanghai en décembre.

Mais c’est en France que la compétition sera la plus difficile. Cette année sera marquée par une vague importante d’appels d’offres de réseaux urbains avec plus de 770M€ de contrats en renouvellement dont cinq des grands réseaux urbains du groupe : Lille, Rennes, Caen, Amiens et Lorient. En offensif, c’est en Île-de-France que réside le plus fort potentiel de développement du groupe a indiqué Jean-Pierre Farandou. Son groupe qui va lancer le premier tram express de la région T11, va se positionner sur plusieurs appels d’offres tramway (T9 et T10) et, en partenariat avec la RATP, sur CDG express.

Enfin, la filiale stationnement du groupe, Effia, a performé en 2016 avec le gain de 19 nouveaux contrats soit 30 000 places supplémentaires. Effia, qui gère désormais 175 000 places en France, devrait annoncer prochainement ses premiers pas à l’international, a confié Frédéric Baverez , directeur exécutif France de Keolis et PDG d’Effia. L’opérateur de stationnement, qui a pris en 2016 une participation de 30% dans la Saemes, numéro 2 du stationnement en Île-de-France, va notamment répondre à l’appel d’offres de la gestion du stationnement de surface à Paris (140 000 places).

Robert Viennet