Le 27 février 2017, François Hollande a inauguré, à Villognon, en Charente, la LGV qui entrera en service commercial le 2 juillet prochain. Elle mettra Bordeaux à deux heures et quatre minutes de Paris contre plus de trois heures aujourd'hui. La SNCF met, petit à petit, en service les nouvelles rames baptisées "L'Océane". Au total, 40 trains ont été commandés à Alstom, puis 15 autres qui vont finalement remplacer le vieux parc TGV Atlantique qui devait, à l'orgine, être rénové.
 
Pour autant, la LGV Tours-Bordeaux, voulue par le président Sarkozy, continue de faire grincer des dents. Le directeur général délégué perfornance de la SNCF, Matthias Emmerich, estime que son exploitation se soldera par une perte d'environ 70 millions en six mois pour SNCF Mobilités. En effet, les âpres négociations entre les collectivités locales et l'opérateur sous l'égide de l'État ont abouti à
33,5 liaisons allers-retours par jour dont 18,5 directes entre Paris et Bordeaux quand la SNCF n'en souhaitait pas plus de 13.
 
La fin des PPP et des LGV ?
 
La faute au partenariat public-privé choisi pour financer cette LGV. Sur les 7,8 milliards d'euros, le consortium Lisea, détenu à 33,4% par Vinci (1), a investi 3,8 milliards qu'il remboursera sur la location des sillons. Lisea espère transporter 20 millions de voyageurs par an, soit une augmentation de 20% du trafic sur l'axe Paris-Bordeaux. Mais pour rentabbiliser son investissement, le montant des péages ne sera pas calculé en fonction du nombre de voyageurs, mais du nombre de rames qui circulent sur la LGV. Les opérateurs devront ainsi verser environ 250 millions d'euros de péages chaque année à Lisea (7.000 euros par train en moyenne). Des tarifs trop élevés qui ne permettent pas d'être rentable, selon la SNCF.
 
Un montage financier de 9 milliards perdant-perdant ?
 
En outre, certaines collectivités territoriales ont refusé de verser le solde de leurs versements. Il manque toujours 200 millions d'euros, selon SNCF Réseau. En effet, les conventions signées entre l'État, RFF (SNCF Réseau) et les collectivités faisaient miroiter davantage de dessertes locales en échange de leur participation au financement de la LGV.


Au total, ce sont 58 collectivités – 5 conseils régionaux (avant loi NOTRe), 19 départements et 34 communautés de communes ou d’agglomération – qui ont été sollicitées pour investir 1,3 milliard d’euros, l'État et l'Europe ayant apporté 1,7 milliard et SNCF Réseau, 1 milliard.
A cette somme, il convient d'ajouter 1,2 milliard d'euros au titre des aménagements complémentaires (travaux en gares, signalisation, voie, etc.) qui contribuent à alourdir la dette du gestionnaire d'infrastructure.
 
Enfin, les voyageurs risquent de grincer des dents quand ils vont découvrir le prix des billets. Selon le quotidien La Charente Libre, les tarifs vont augmenter de 15 euros en seconde classe sur un trajet Paris-Bordeaux, soit une hausse de 16% par rapport aux prix actuels, et de 10 euros en moyenne toutes classes confondues. Autrement dit, ce sont les voyageurs de seconde classe qui supporteraient davantage que les autres, le coût de cette LGV.
 
La SNCF doit officiellement annoncer sa grille tarifaire le 15 mars 2017.
 
Florence Guernalec (avec AFP)
 

(1) Les actionnaires de Lisea sont Vinci (33,4%) la Caisse des dépôts (25,4%), Meridiam (22%) et Ardian (19,2%).