Le train de nuit a perdu beaucoup de plumes, mais il n’a pas replié définitivement ses ailes.
 
Après le plan du gouvernement redessinant en jardin à la française l’organisation des trains Intercités (ou TET), sur six lignes de trains de nuit, deux liaisons ont été fermées fin 2016 sans tambour ni trompette : le Strasbourg-Nice/Cerbère ainsi que le Paris-Savoie comme ont pu le remarquer les vacanciers habitués à l’utiliser pour aller au ski.
 
L’État, autorité organisatrice des TET, et la SNCF ont décidé de ne conserver que deux lignes faute d’alternative évidente : Paris-Briançon et Paris-Rodez/Latour de Carol.
 
Des décisions repoussées après les élections
 
Entre les morts et les survivants, il existe une troisième catégorie, celle des sursitaires dont la fin doit intervenir en 2017 : Paris-Hendaye/Tarbes et Paris-Nice.
 
Sous la pression des élus notamment, le secrétaire d’État aux Transports Alain Vidalies, élu landais, a repoussé le couperet au 1er juillet 2017 pour la ligne Paris-sud-ouest juste avant l'entrée  en service de la LGV Sud Europe Atlantique.

Pour le Paris-Nice, le gouvernement a pour la même raison reculé sa décision d'un an. L'exécutif sifflera la fin du train le 1er octobre 2017. A l’origine, il était prévu de cesser de financer le déficit de cette ligne en octobre 2016, ce qui aurait abouti de facto à sa fermeture.

"Je reste à l’écoute de toute offre de reprise pour ces deux lignes", avait souligné Alain Vidalies le 12  janvier 2017 lors d’un bilan de son plan Intercités.
 
En clair, ce sera au prochain gouvernement de prendre la décision, ou de trouver un accord de (co)financement du déficit avec les régions desservies : PACA en particulier pour le Paris-Nice ; l'Occitanie pour l'autre liaison. La prochaine majorité pourra aussi – si elle l'estime possible – rechercher sérieusement un exploitant autre que la SNCF avec lequel l'État partagera éventuellement les risques.
 
Mobilisation méridionale

En attendant, dans le sud de la France, la perspective de voir disparaître ces trains de nuit qui font le lien avec la capitale est loin de passer comme une lettre à la Poste.
 
Au niveau national, la Fnaut a certes eu l’occasion en début d’année de dénoncer “la liquidation injustifiée des trains de nuit“ qui, selon elle, aboutit à un report de voyageurs sur la route ou vers l’avion. La fédération, qui représente les usagers, prône l’organisation d’un nouvel appel à manifestation d’intérêt pour trouver d’autres opérateurs. Mais en même temps, elle tient un discours réaliste par rapport au déficit d’exploitation des trains de nuit et face aux nouvelles offres comme celle des autocars qui circulent aussi la nuit.
 
Mais sur le terrain, c’est une autre association, baptisée "Oui au train de nuit" et créée pour l’occasion, qui fédère les usagers favorables au maintien de ce moyen de transport.
 
Le 17 février 2017, cette association, qui n'en est pas à sa première manifestation, a coordonné une nouvelle action simultanée d’usagers en gare de Tarbes, Pau, Bayonne, Biarritz et Hendaye.
 
Un délai de grâce demandé
 
A l’évidence, l'idée de sortir du tout TGV et les argumentaires formalisés par "Oui au train de nuit" (soutenue  par Attac, FNE, etc.) trouvent un écho auprès de certains usagers.
 
Le redéploiement des trains de nuit est possible“, estime l'association, boostée par le résultat de sa mobilisation. Comme le rappelait Alain Vidalies en début d'année, l'État et la Région Occitanie discutent afin de desservir à nouveau Cébère par l'étude d'un prolongement la ligne Paris-Tarbes.
 
Pour que les trains de nuit rebondissent, l'association réclame notamment "un délai de deux ans avant tout démantèlement des Intercités de nuit afin de prendre le temps pour affiner les choix de transports longue distance dans le nouveau contexte de la transition énergétique".

Ce délai permettra de réaliser des études sur l'absence de valorisation de l'offre des trains de nuit, ainsi que sur leur potentiel à l'échelle nationale et européenne.

Reste à savoir quelle traduction le pouvoir politique national et régional donneront à cette mobilisation une fois les élections passées.

Marc Fressoz