Retour à la raison, c’est-à-dire au scénario initialement prévu par le ministère des Transports concernant la commande de trains destinés aux lignes Intercités structurantes. Sur la ligne classique Bordeaux-Marseille circuleront bien des trains classiques neufs et non des rames TGV plafonnant à 160 km/h.

L’État, qui a lancé fin décembre 2016 un processus d’appel à candidatures aux constructeurs ferroviaire pour la fourniture de rames TET pour les lignes Paris-Limoges-Toulouse et Paris-Clermont-Ferrand, va ouvrir le champ du processus en intégrant les besoins pour la liaison Bordeaux-Marseille. Il faudra donc augmenter à proportion les moyens de l'AFITF, l'agence de financement des infrastructures de transport de France qui paie l'opération.

"Nous le ferons à l’occasion de la publication au cours du premier semestre du cahier des charges du matériel, qui marquera l’ouverture de l’appel d’offres", indique le cabinet du secrétaire d’État aux Transport Alain Vidalies, sans être encore en mesure préciser combien de rames supplémentaires seront concernées. "Il n'est pas certain que ce soit 15, ce sera peut-être plus."

Cette décision est la conséquence de l’abandon du scénario complètement loufoque qu’avait réussi à imposer à l’automne Matignon et le secrétariat d’État à l’Industrie Christophe Sirugue, contre l'avis du ministère des Transports. Il consistait à faire commander par la SNCF et pour le compte de l’État, autorité organisatrice, quinze rames TGV qui auraient circulé comme TET sur la liaison Bordeaux-Marseille. Mais cette solution s’est trouvée mise à mal par des contraintes juridiques.

Dans un communiqué publié le 16 février 2017, la SNCF officialise son abandon et annonce l’accord trouvé avec l’État : c’est la SNCF qui commandera pour son propre compte les 15 rames qui lui serviront sur la LGV Atlantique Paris-Bordeaux, livrables en 2019 et 2020. Le montant de l'investissement n'est pas précisé, mais il tournerait autour de 470-480 millions d'euros, davantage que les 450 millions d'euros évoqués pour la version TET des TGV, en raison notamment de l'équipement en ERTMS dernière version.

En contrepartie, l'entreprise ferroviaire abandonne la rénovation prévue de 24 rames anciennes et économise "150 millions d’euros". Elle met aussi en avant des économies de maintenance puisque les différentes familles de TGV entretenus par son technicentre Atlantique seront réduites à trois au lieu de six.

L’opération coûtera au contribuable puisque l’État accorde, dès 2017, et pour cinq ans une ristourne sur la Contribution de solidarité territoriale,
annonce la SNCF. Mais le montant de cette aide n’est pas précisé .

En conséquence, "l'État prépare pour son propre compte une commande d'automotrices électriques modernes Intercités pour les trains d'équilibre du territoire (TET)". Mise en service prévue "d'ici à 2022 notamment sur la ligne Bordeaux-Marseille".

Les voyageurs qui ont assisté à cette comédie jouée entre Alstom, l'État et la SNCF devront être patients.

Marc Fressoz