La mobilité accessible à tous – "inclusive" – reste encore un vain mot. En effet,  40% des Français interrogés estiment ne pas disposer d'un accès facile et rapide au réseau de transport local, et 43% disent rencontrer des difficultés quotidiennes au moins de temps en temps dans leurs déplacements, selon l'enquête Elabe dévoilée le 18 janvier 2017 (1).  Ce sondage a été réalisée pour le compte du Laboratoire sur la mobilité inclusive, un think tank-do tank présidée par Florence Gilbert et fondé en 2013 par la plate-forme de mobilité Wimoov et le groupe pétrolier Total.
 
Un enjeu pour les pouvoirs publics
 
Surtout, l'enquête d'Elabe met en évidence que ces difficultés de mobilité quotidienne sont un frein à la reprise d'un emploi : 19% des sondés avouent avoir déjà renoncé à un entretien d'embauche ou à se rendre dans une structure d'aide à la recherche d'emploi et 23% ont déjà renoncé à un travail ou à une formation du fait des difficultés de mobilité pour s'y rendre. Le phénomène touche particulière les 18-24 ans (pour 46% d'entre eux), les personnes ayant un revenu inférieur à 1000 euros par mois (54%) et les moins diplômés (50% des personnes au niveau bac ou inférieur).
 
Au total, 86% des Français interrogés estiment que ces difficultés de mobilité quotidienne sont un frein à l'emploi et 79% considèrent que les questions de mobilité sont un enjeu pour les pouvoirs publics. C'est d'ailleurs l'objectif de cette enquête Elabe : faire prendre conscience aux parties prenantes de cet enjeu. Un sujet qui, selon le Laboratoire, est aujourd'hui sous-évalué par les politiques publiques comme par les acteurs économiques.
 
Une plate-forme qui grandit
 
Partant de ce constat, le Laboratoire de la mobilité inclusive s'est donné pour objectif d'associer les grands acteurs de la mobilité afin d'analyser les difficultés rencontrées par les publics les plus fragiles et de proposer des solutions. Devenu une fondation en 2015 sous l'égide de FACE (Fondation agir contre l'exclusion), le think tank-do tank rassemble aujourd'hui quatorze nouveaux partenaires sur sa plate-forme : des acteurs privés comme Keolis et Transdev ; publics comme Pôle emploi et l'Ademe ; la société civile comme le Secours Catholique et la Croix-Rouge française (2).
 
Le Laboratoire de la mobilité inclusive est structuré en groupes de travail thématiques destinés à traduire en actions les constats dressés.
 
De premières solutions mises en œuvre
 
Parmi les initiatives concrètes du Laboratoire, la création d'un diplôme universitaire de "conseiller mobilité insertion". L'Université de Paris-Est (Créteil/Marne-la-Vallée) sera la première à se lancer dès le mois de février 2017. Aujourd'hui, Wimoov emploie 45 conseillers mobilité. En 2015, les 25 antennes réparties dans 9 régions ont accompagné 10 000 personnes dont 50% ont retrouvé un emploi dans les trois mois grâce aux solutions de mobilité trouvées. Les freins sont souvent d'ordre économique, physique mais aussi cognitif : "Se déplacer, cela s'apprend", explique Manoelle Lepoutre, directrice engagement société civile chez Total.
 
Le Laboratoire de la mobilité inclusive a également travaillé entre septembre 2015 et septembre 2016 avec la Communauté d'agglomération havraise (CODAH) pour inclure un volet "mobilité inclusive" dans le cahier des charges de l'appel d'offres de transport public.
 
Le digital à la rescousse
 
Sur le volet numérique, le  Laboratoire a lancé un appel à projets "Bouger mieux, bouger moins". Trois start-up ont été sélectionnées pour expérimenter leurs solutions de mobilité ou de "mobilité inversée" comme le service
Bip POP : les personnes, qui ne peuvent pas se déplacer, ont la possibilité de se faire livrer leurs courses par leurs voisins moyennant une rémunération via une appli mobile et un site web. Covoit'ici propose un service public de covoiturage de très courte distance via des stations de covoiturage connectées et I Wheel Share est une appli mobile qui permet aux personnes en situation de handicap de  partager leurs expériences de mobilité.
 
Le Laboratoire de la mobilité inclusive continue à sensibiliser les pouvoirs publics à cette question. Le think tank-do tank a organisé, le 18 janvier 2017, à l'Assemblée nationale, les rencontres de la mobilité inclusive sur le thème "Mobilité quotidienne et territoires, enjeu de la République" qui réunissait des élus – nationaux et locaux – et des acteurs de la mobilité. Prochaine étape, une action auprès des candidats à la présidentielle ?
 
Florence Guernalec
 
(1) Métodologie de l'enquête Elabe : échantillon de 1003 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus (répartie sur l'ensemble du territoire).
(2) Outre les deux membres fondateurs – Wimoov et Total –, les  14 autres membres du laboratoire sont :  Ademe, AG2R La Mondiale, DMML, La Croix-Rouge française, Fondation agir contre l'exclusion (FACE), FASTT, fondation Macif,  fondation d'entreprise Michelin, fondation PSA Peugeot Citroën, Keolis, le groupe La Poste, Pôle Emploi, Secours catholique et Transdev.