Depuis six mois, dix bus diesel opérés par la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) expérimentent le GTL (gas to liquids), fabriqué par Shell et commercialisé aux Pays-Bas depuis cinq ans.
 
A Strasbourg, les résultats de ce test, présentés le 11 janvier 2017, sont encourageants. "S'il n'y a pas réellement d'effet en matière de Co², les particules fines ont été réduites de 22% et les émissions d'oxyde d'azote de 15%", explique Jean-Philippe Lally, directeur général de la CTS. Autre avantage : les filtres à particules s'encrassent moins. "Nous ne les avons pas nettoyés depuis le début de l'expérimentation".
 
Le test a débuté en septembre 2016 et devrait être poursuivi jusqu'en septembre 2017. L'intérêt majeur du GTL reste qu'il peut être utilisé du jour au lendemain. En effet, il n'est pas nécessaire de changer les véhicules ni d'apporter la moindre modification au moteur. Tout comme il n'est pas nécessaire d'installer de nouvelles cuves de stockage. "Un bus qui a roulé toute une journée au gazole peut le lendemain rouler au gaz liquide", indique le directeur général. "Il n'est pas nécessaire d'apporter la moindre modification au moteur".
 
Un "excellent carburant de transition"
 
Pour la CTS qui a amorcé la sortie du diesel en 2010 en optant pour le gaz naturel et l'électrique, le gaz liquide représente donc un "excellent carburant de transition". Actuellement, si 62% des bus roulent au gaz naturel, il n'en demeure pas moins que 92 roulent encore au gazole. "Les niveaux d'investissement consacrés au renouvellement du parc par la collectivité – une dizaine de véhicules par an – ne peuvent pas être augmentés".
 
Autrement dit, ce n'est pas à court terme que ce type de motorisation disparaitra des rues de l'Eurométropole. D'où l'intérêt de l'opérateur de transport public pour le GTL. "Surtout que les améliorations les plus importantes ont été constatées sur des véhicules Euro 3 et 4, les plus polluants".  
 
Enfin, le GTL n'a pas d'odeur et dégage moins de fumées. Des bénéfices sensibles tant pour les riverains que la clientèle des transports publics. "Il y a même une amélioration de l'agrément de conduite pour les conducteurs".
 
Plus cher à la pompe
 
Seul bémol : le coût d'achat, supérieur à celui du diesel et du gaz naturel de l'ordre de 5 à 10%. "Pour l'instant, nous n'avons pas le prix de vente définitif. Il dépendra des discussions que nous aurons avec Shell et des volumes que nous achèterons".
 
Situation ubuesque
 
Reste que deux ombres assombrissent le tableau. Outre le fait que Shell n'a pas encore obtenu les autorisations de mise sur le marché définitives du GTL, ce carburant ne figure pas sur les listes permettant de percevoir le remboursement de la TICPE, la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques. Pour une entreprise comme la CTS, cela représente près de 200 000 euros par an. "C'est quand même un peu ubuesque en ce sens où ce carburant est moins polluant que le diesel", insiste Jean-Philippe Lally.
 
A l'inverse, l'utilisation du gaz liquide permet de réaliser des économies sur la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP). Soit l'équivalent de 35 000 à 40 000 euros par an pour la CTS.
 
"Tout cela fait que cette expérience est difficile à généraliser. S'il n'y avait pas ce frein fiscal, je pense que les entreprises de transport public seraient prêtes à basculer vers le GTL car ce carburant de substitution accélèrerait la transition énergétique et réduirait leur l'empreinte environnementale ".
 
Les autres tests strasbourgeois
 
La CTS mène parallèlement une autre expérimentation, baptisée BOREAL, en partenariat avec Solaris et Lohr industrie : il s'agit d'une solution d'hybridation GNV-électrique pour des bus urbains articulés. "Nous attendons avec beaucoup d'intérêt les résultats de cette expérimentation. Ce que nous savons aujourd'hui c'est qu'un essieu électrique monté sur un véhicule gaz fonctionne techniquement, même s'il y a eu quelques tâtonnements au démarrage", rappelle l'opérateur. "Nous sommes en train d'expérimenter ce véhicule sur différentes lignes pour évaluer la consommation selon différents scénarii d'exploitation".
 
En 2015, la CTS a réalisé 120,5 millions de voyages, soit près de 250 par an et par habitant. Ce réseau compte 65,4 kilomètres de lignes de tramway et de bus à haut niveau de service.
 
Christine Cabiron