Parier sur le décollage du véhicule électrique n’est pas un gage de succès automatique pour les équipementiers tricolores du secteur. La preuve avec le parcours chaotique de DBT, la PME douaise de 84 personnes qui a décidé de se concentrer sur la fourniture de bornes de recharge rapide à haute valeur ajoutée en visant le leadership mondial.

Avant son introduction en bourse en décembre 2015, DBT et la société de bourse Portzamparc avaient narré une histoire très séduisante aux investisseurs : avec le boom prévisible de la vente de véhicules électriques au niveau mondial, les besoins d'équipement en bornes de recharge rapides allaient exploser et l'activité de DBT aussi dès 2016. L'industriel ambitionnait d'atteindre, en 2020, 10 000 bornes livrées en cumul.

Las, ces dernières prophéties auront du mal à s'accomplir. Car son exercice 2015-2016 clos fin juin et arrêté le 29 octobre 2016 est catastrophique. Les pertes de DBT atteignent 6,3 millions d'euros (contre 300 000 un an plus tôt), le chiffre d'affaires dégringole à 10 millions d'euros, en recul de 7,2 millions d'euros. Le groupe n'a livré que 323 chargeur rapides (QC) contre 434 lors de l'exercice 2014-2015.

Besoin d'argent frais en décembre

Quelques mois après avoir levé 7,9 millions d'euros en bourse, le spécialiste de la recharge rapide n'a plus de jus et se trouve en danger. La PME qui indique pouvoir "faire face à ses besoins de trésorerie jusqu’au mois de décembre 2016" a vite besoin de trouver de l'argent frais, mais pas en bourse. Car le cours s'est effondré et on n'attrape pas les mouches avec du vinaigre. DBT espère du financement privé et l'arrivée de nouveaux investisseurs. En attendant, la PME négocie un étalement des paiements des échéances avec certains fournisseurs et ses banquiers.

Pourquoi une telle gueule de bois? "Nous sommes clairement déçus par notre performance financière et commerciale", explique Hervé Borgoltz, PDG de DBT, dans le communiqué d'annonce des résultats groupe. Il met en avant "le ralentissement du marché, avant l’arrivée attendue des nouveaux chargeurs rapides et super-rapides" qui a été "beaucoup plus violent que ce que nous pouvions imaginer".

En cause, selon le fournisseur, l'annonce en février par les constructeurs automobiles d'une hausse de la puissance de leurs prochains modèles électriques qui a "généré un ralentissement du marché et un attentisme de la part des clients et prospects de DBT. Par conséquent Nissan et ses opérateurs ont baissé leurs commandes", continue le groupe.

DBT met aussi en cause l'impact des attentats, le  décalage du salon des maires de novembre 2015 à mai 2016 a retardé le lancement de sa nouvelle gamme de borne VDK à charge normale destinée au stationnement en voirie.

Mais les causes extérieures n'expliquent pas tout. En fait, le groupe a également pâti de problème de maintenance de son parc de chargeurs. "Cette activité a entraîné une forte mobilisation des équipes pour assurer la mise à jour des chargeurs rapides déjà installés et assurer le haut niveau de fiabilité".

Vivement les nouvelles bornes rapides

Mais tout n'est pas perdu. Avec les nouveaux produits sur lesquels elle a continué d'investir, l'entreprise espère accrocher un cycle de redémarrage du marché. Outre ses nouvelles bornes VDK, DDBT a présenté, lors du dernier salon mondial de l'auto à Paris, sa borne de recharge rapide NG150 de 150 Kw qui offre le triple de la puissance des chargeurs rapides actuels.  Elle est "compatible avec tous les véhicules électriques disponibles, quel que soit le standard de recharge utilisé", note DBT qui croise les doigts avant la commercialisation au premier semestre 2017. 

Marc Fressoz