Etes vous plutôt "digi’mobiles", "connectés" ou "offline" ? Ces trois grandes catégories sont issues de l’étude réalisée par Keolis et Netexplo dans le cadre de l’observatoire des mobilités digitales. Pour cela, les deux partenaires ont mené des entretiens de plus d’une heure avec 2783 citoyens français âgés de 13 à 85 ans.
 
L’objectif de cette démarche, s’adressant à tous les publics quels que soient leur équipement numérique (web, smartphone, tablette…), était de comprendre les pratiques en matière de digital associée à leur utilisation ou non des transports publics.
 
"Il faut écouter les gens et bien comprendre comment ils vivent leur mobilité. Il n’y a pas de client moyen et derrière les statistiques, il y a des individus, tout comme derrière les flux, il faut mesurer les comportements individuels, explique Frédéric Baverez, directeur exécutif France du groupe Keolis. L’étude menée avec Netexplo vise à comprendre comme les gens se servent ou non de leur téléphone mobile afin de proposer aux collectivités des solutions en rupture ou d’adapter les solutions traditionnelles."

Et ce avec un objectif : apporter une pierre à la réalité du territoire intelligent et éviter de déconnecter les territoires ruraux et urbains. "Keolis ne veut laisser personne au bord du chemin et s’intéresse autant à l’e-voyageur qu’à l’illettré".
 
31% de "digi’mobiles"
 
A l’issue de cette étude, trois profils sociologiques ont émergé. Le premier, appelé les "digi’mobiles" regroupe 31% du panel. Il s’agit de personnes âgées de 25 à 50 ans, suréquipées en numérique et grands utilisateurs du web mobile.
 
Dans ce groupe, 21% appartiennent au sous-groupe des "connectés" et trois quarts d’entre eux ne prennent jamais les transports publics. "Ces personnes sont très attachées à leur voiture car elles estiment que le transport public est trop compliqué", constate Eric Chareyron, directeur prospective modes de vie & mobilités chez Keolis. "Elles ont une exigence de performance, de simplicité, de rapidité. Elles veulent un GPS de poche multimodal".
 
Dans les "digi’mobiles", 10% sont "hyperactifs". La moitié d’entre eux a moins de 50 ans et est majoritairement composée d'étudiants. Ces personnes sont réellement dépendantes de leur smartphone et sont attachées à leur communauté  online. "Ce sont des nomades/caméléons qui utilisent le transport public, l’autopartage, le vélo, les cars longue distance. Ils n’ont aucun problème pour changer de mode et 68% sont des utilisateurs de transport public".
 
39% de "connectés"
 
Deuxième catégorie sociologique : les "connectés", représentants 39% de l’échantillon. Ce sont des utilisateurs moyens équipés de smartphones mais très utilisateurs de PC fixe. "Ils ont pris le virage du numérique, mais n’ont pas enclenché ni la 4e et encore moins la 5e vitesse", indique Eric Chareyron.
 
Parmi eux figurent 25% de "web assis" âgés en moyenne de 50 ans. Ils utilisent peu les transports publics (15%) car ont souvent une mobilité contrainte. "Ils ont du mal à utiliser le téléphone en situation de mobilité et sont en attente d’un digital simple, low tech et sont méfiants par rapport au digital-gadget."
 
Deuxième sous-groupe : les "suiveurs" (14%). Ces derniers ont une appétence pour le numérique mais ont un train de retard. Parmi eux, 23% sont des clients réguliers du transport public. "Ils ont un désir d’accéder à cette modernité pour rester dans le coup et ont besoin d’une prise en charge digitale simple et accessible".
 
30% de "offline"
 
Enfin, l’étude a révélé que 30% des personnes interrogées appartiennent à la catégorie des "offline". A savoir : elles sont peu équipées et peu utilisatrices d’internet. 20% de ces Français appartiennent au sous-groupe des "isolés". Ce sont des conservateurs peu ouverts aux nouvelles technologies et seuls 5% utilisent les transports publics car ils vivent majoritairement dans les territoires ruraux. "Ils ont besoin de sécurité et de contact humain."
 
A leur côté, figurent 10% de personnes classées dans la catégorie des "fragiles".Il s’agit en grande majorité de séniors aux revenus modestes, peu utilisateurs des transports publics (10%). "Ils se déplacent peu ou se font transporter par un tiers. Ils sont plutôt traditionnalistes et attachés à des rituels quotidiens". Ils ont par conséquent besoin de confort physique et psychologique.
 
Trois enseignements
 
Parmi les enseignements de cette étude, apparaît un pré-requis : la recherche d’itinéraire, l’information voyageur et la validation intégrée sur smartphone sont prioritaire. Ces fonctionnalités sont perçues comme des fondamentaux pour faciliter et simplifier l’usage du transport public.
 
Par ailleurs, trois innovations sont plébiscitées. En premier, la création "d’espaces bavards". En clair, du mobilier urbain connecté présent dans les stations des transports en commun permettant d’interagir et d’accéder à des informations.
 
En second, un bouton d’alerte "SOS sécurité", et des "bornes help" interactives permettant d’être géolocalisé, alerter des agents du transport public ou la communauté de voyageurs connectés.
 
La troisième innovation plébiscitée concerne le guidage. Cette notion regroupe à la fois les fonctionnalités de GPS par un accompagnement multimodal pas à pas, le "help par SMS" accessible à tous, et les "guides de quartiers".
 
Cap à l’international
 
A l’issue de cette étude, Keolis et Netexplo vont poursuivre leur investigation dans ce domaine. Tout d’abord en déclinant territorialement cette étude. Ensuite en l’ouvrant à l’international. Les deux partenaires vont passer à la loupe les usages digitaux dans treize métropoles : Montréal, Boston, Londres, Lyon, Abidjan, Stockholm, Dubaï, Hyderabad, Tokyo, Shanghai, Hong Kong et Melbourne.
 
Christine Cabiron