Opération de tractage inhabituelle à la station de métro Odéon ce 12 octobre 2016. "L'avenir de 70 000 personnes menacé. 1,5 million de passagers ignorés. Le futur de mobilité en danger", est écrit sur le flyer qui renvoie à un site dédié LaissezNousAvancer.fr. Derrière cette opération de lobbying qui cible, en premier lieu, le personnel politique qui travaille à quelques centaines de mètres au Sénat, le leader du marché Uber. Les clients des VTC sont incités à soutenir les plates-formes en adressant un mail type aux sénateurs directement concernés.

Il faut dire que le temps presse puisque les parlementaires vont examiner
la proposition de loi de Laurent Grandguillaume en commission le 19 octobre 2016 pour une discussion en séance probablement le 3 novembre. Et Uber craint que le texte voté en urgence à l'Assemblée au début des vacances d'été, ne passe inaperçu au début de la session parlementaire.

Un texte jugé anti-VTC


La start-up et ses concurrents français sont vent debout contre ce texte "relatif à la régulation, à la responsabilisation et à la simplification dans le secteur du transport public particulier de personnes". La semaine dernière, les fondateurs des plates-formes de VTC françaises – Allocab, Chauffeur-Privé, Marcel et SnapCar – ont mis en ligne une pétition contre cette proposition de loi qui, selon eux, "veut restreindre l’accès à la profession et enfermer les plates-formes dans un système de régulation et de réglementation en fait destiné à stopper net leur développement. Voire à en conduire certaines à la faillite".

En effet, les plates-formes de mise en relation considèrent que cette proposition de loi va assécher le nombre de chauffeurs, nerf de la guerre de leur activité pour répondre rapidement à la demande de leur clientèle.
Cette pétition, qui soutient qu'aucun secteur n'a créé autant d'emplois sous ce quinquennat, compte parmi ses 835 signataires à la date du 12 octobre 2016, Jean-Jacques Augier, président des taxis G7 de 1986 à 1996...

Des  plates-formes amputées des Loti

Deux dispositions du texte de Laurent Granguillaume en particulier sont attaquées : la première concerne les capacitaires Loti (transport d'au moins deux personnes), qui n'auront plus le droit d'exercer dans les périmètres des autorités organisatrices de la mobilité couverts par un PDU (agglomération de plus de 100 000 habitants). Cela "correspond à environ 40% des chauffeurs pour la seule place de Paris" si l'on en croit Yves Weisselberger, président de SnapCar et président de la FTTPR (Fédération française du transport de personnes par réservation). D'autres sources citent une fourchette comprise entre 10.000 et 15.000 chauffeurs qui seraient ainsi écartés de la profession si le texte était voté. 

Certes, Laurent Grandguillaume assure que les capacitaires Loti pourront passer VTC et qu'il leur suffira d'avoir exercé pendant douze mois cette activité pour obtenir facilement une équivalence. Les plates-formes de VTC considèrent qu'il s'agit d'un vœu pieux et qu'en réalité, les démarches seront plus complexes et plus longues...

Un accès à la profession complexifié
 
L'autre disposition qui fâche les plates-formes de VTC concerne l'accès à la profession. "Il s'agit cette fois de rendre l'examen plus complexe, d'en transférer la gestion à la Chambre des Métiers et des Artisans [accusée de "rouler" pour les taxis]. Elle introduit également une nouvelle épreuve pratique qui conduit évidemment à des goulots d'étranglement forts", explique Yves Weisselberger dans
une interview à Atlantico.

En outre, les questions posées au candidat sont jugées "fardelues". Il leur est notamment demandé quelle serait leur attitude face à des clients anglais qui leur parleraient du Brexit ou face à des Américains qui les interrogeraient sur la campagne présidentielle aux États-Unis. Yves Weisselberger évoque, dans une tribune,
un taux d'échec de 50% à l'examen, chiffre cité également par Laurent Grandguillaume. Dans un tweet, Karim Ferchiou, président-fondateur de Voitures Noires, parle d'un taux de réussite de 80% avant la réforme de l'examen et de 25% actuellement. De plus, plusieurs cessions ont été purement et simplement annulées empêchant les candidats d'entrer dans la profession.
 
 
Côté lobbying, c'est peut-être Voitures Noires qui va réussir le meilleur buzz. La loueur de voitures pour les VTC annonce la présence le 15 octobre 2016 de Emmanuel Macron sur son stand au Mondial de l'auto. Son patron Karim Ferchiou qui est aussi président de l'Union nationale des acteurs de la mobilité (qui compte Uber parmi ses adhérents), avait lancé le défi de créer, avec ses partenaires VTC, 1000 emplois en 15 jours, pendant la durée du salon. Il révélera le 15 octobre si ce pari est réussi... Le rapport Thévenoud estimait que les VTC représentaient un potentiel de près de 70.000 créations d'emplois.

Florence Guernalec