A l'approche des présidentielles de 2017, le président de la République vient d'opérer un revirement totalement inattendu en matière de LGV qui ressemble à un sauve-qui-peut. François Hollande a, ainsi, relancé, le 8 octobre 2016, le projet de ligne à grande vitesse (LGV) entre Poitiers et Limoges, lors de son déplacement en Corrèze, son fief électoral.

"Il ne faut pas perdre l'idée de la LGV. Le ministre des Transports a ouvert une consultation et va nommer très rapidement une autorité pour remettre l'ensemble du sujet au clair et pour que nous puissions présenter une solution", a déclaré le chef de l'État lors de l'inauguration d'un centre de formation à Brive-la-Gaillarde (Corrèze).

Il relance donc un projet qu'on croyait abandonné. En avril 2016, le Conseil d'État avait annulé le décret de 2015 déclarant d'utilité publique la LGV Poitiers-Limoges, invoquant les "insuffisances" de l'évaluation économique et sociale, et des inconvénients qui "l'emportent" sur les avantages.

"Nous devons essayer de tenir compte des arguments du Conseil d'État. Le poids financier paraissait exorbitant par rapport à la rentabilité. Si on fait une infrastructure, ce n'est pas toujours pour qu'elle soit rentable financièrement. C'est aussi parce qu'elle obéit à une logique d'aménagement du territoire", a justifié François Hollande. "Nous allons reprendre le sujet, mieux armer le dossier sur le plan financier et faire en sorte de nous  prémunir d'une nouvelle annulation", a-t-il assuré.

Une telle revirement – s'ajoutant, la même semaine, à la commande d'une vingtaine de rames TGV Duplex à Alstom – va à l'encontre de la politique élaborée par le gouvernement et d'une majorité du Parlement de réorienter la politique ferroviaire en matière d'infrastructure sur le réseau existant afin d'éviter un nouveau Brétigny. Récemment, le Sénat avait repris à son compte l'abandon de la LGV Poitiers-Limoges.

Concrètement, la poursuite de ce projet de LGV en cul-de-sac, qui est reparti pour des années de procédures, signifie que SNCF Réseau devra continuer de mobiliser des équipes d'ingénieurs, alors que le gestionnaire de l'infrastructure comptait réorientier ses moyens financiers et humains sur le réseau existant.

Marc Fressoz avec AFP