Christian Estrosi, président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, a sifflé la fin de la partie avec la SNCF. Depuis des mois, un bras de fer était engagé entre les deux parties portant sur la qualité de service qu'il juge "la pire de France" avec 20% de trains en retard, 10% de trains annulés et un taux de fraude de 18%.
 
Lors d'une conférence de presse organisée à Marseille le 5 octobre 2016, il a déclaré être arrivé à "un point de non retour avec la SNCF". En jeu : le renouvellement de la convention TER qui arrive à échéance le 31 décembre 2016.
 
"Nous avons décidé en conscience de rompre les négociations avec la SNCF. Je ne serai pas le président de la Région qui accepte que la SNCF nous mette devant le fait accompli. Je ne serai pas d'avantage le président de la région qui acceptera que la SNCF continue à facturer aux habitants très cher un service de mauvaise qualité ".
 
Dans cette région, les TER transportent 100 000 voyageurs par jour pour un coût facturé à la Région de 300 millions d'euros par an.
 
"Une inflation des coûts incontrôlable"
 
Lors de cette conférence de presse, Christian Estrosi a évoqué un devis de la SNCF "qui n'est plus acceptable" de 291 millions et un écart de charges de 36 millions (soit 12%) en 2016 entre le devis proposé par la SNCF et les coûts réels du service.
 
Il dénonce une "inflation des coûts incontrôlable" et estime à 7% la hausse du prix facturé à la Région entre 2015 et 2016 à périmètre constant. "Nous ne demandons aucune faveur, simplement de payer le prix juste, explique-t-il. Je constate que la SNCF refuse cette demande".
 
De ce fait, le président de cette collectivité a décidé de soumettre au vote des élus le 3 novembre 2016, un budget unilatéral "drastiquement revu à la baisse" pour le devis de 2016. "Je n'ai pas l'intention de faire payer aux 5 millions d'habitants de notre région les délires tarifaires de la SNCF"'.
 
Christian Estrosi dénonce également "une gestion calamiteuse" du personnel de conduite qui amène à l'annulation de trains. "Chaque jour près de 40 trains, pourtant commandés par la Région, ne circulent pas. C'est intolérable".
 
Ouverture à la concurrence dés 2019 ?
 
Pour ces raisons, cette collectivité a décidé d'accélérer l'ouverture à la concurrence des TER. Elle souhaite, en effet, expérimenter cette solution alternative dès 2019 "et même avant si l'État le permet", notamment sur la ligne entre Marseille et Nice.
 
La Région dit également travailler à la création d'un groupement européen de coopération territoriale qui associerait Monaco et la Ligurie en Italie. "L'objectif est de permettre à un autre opérateur [que la SNCF, NDLR] de faire circuler des trains sur la ligne Azur entre Cannes et Gênes", précise Christian Estrosi.
 
Des cars à la place des trains
 
Par ailleurs, PACA va dès cette fin d'année, "basculer" une partie des trains sur la route entre Cannes et Grasse. Cette ligne ferroviaire sera, en effet, fermée à compter du 11 décembre pendant un an pour cause de travaux.
 
"La fermeture de cette ligne constituera un test puisque nous allons mettre en place, indépendamment de la SNCF un plan de continuité du service de transport avec des cars des départements". PACA devrait pour cela conventionner avec les conseils départementaux.
 
Dans cet esprit, la Région évalue la pertinence de chaque mode sur d'autres liaisons régionales par route. "Le train n'est pas toujours le mode de transport le plus adapté aux besoins des usagers, affirme Christian Estrosi. Si l'on fait à l'avenir moins de trains, ce sera pour faire mieux de trains". Une offre alternative est actuellement à l'étude et pourrait aboutir en 2017.
 
Gestion en régie ?
 
Dernier point évoqué : la gestion en régie de certaines lignes ferroviaires sur le modèle des Chemins de fer de Provence. "Rien ne nous interdit de recourir à la gestion en régie plutôt qu'au monopole de la SNCF", affirme l'élu.
 
Celui-ci prévoit de déposer une question prioritaire de constitutionnalité, "si la SNCF venait à contester la mise en régie de certaines lignes ferroviaires régionales. Le juge dira si c'est le droit de notre collectivité à s'administrer librement qui doit ou non primer sur le monopole de la SNCF".
 
Enfin, cette Région a décidé de lancer des assises de la mobilité d'ici à la fin du mois d'octobre qui se dérouleront jusqu'en avril 2017. L'idée : consulter l'ensemble des acteurs de la mobilité (habitants, chefs d'entreprise, collectivités territoriales, État) sur ces questions dans l'objectif d'élaborer la stratégie régionale des transports.
 
En s'adressant à Guillaume Pepy, président de la SNCF, Christian Estrosi dit malgré tout "rester ouvert à ses propositions concrètes et opérationnelles sous peu".
 
Christine Cabiron