On ne verra plus sa carrure impressionnante et on n'entendra plus son accent chantant dans les colloques ferroviaires, du moins sous l'étiquette DB. Après avoir contribué à développer l'activité du groupe DB dans ce domaine ces douze dernières, et "participé activement en France à l’ouverture du fret ferroviaire à la concurrence", il a quitté le 30 septembre 2016 ses dernières fonctions, a fait savoir le groupe allemand dans un communiqué où il lui rend hommage.

Ce sexagénaire était jusqu'au mois dernier administrateur de DB Cargo AG en charge de la région Europe de l’Ouest. Il avait également exercé la fonction de président de Transfesa SA et de DB Cargo UK Ltd.

En France, ce Québécois chaleureux, qui s'est confronté à la culture institutionnelle française, était connu pour avoir créé et présidé Euro Cargo Rail (ECR), la filiale fret de la DB en France. Mais aussi pour avoir siégé dans les principales instances professionnelles et défendu le secteur du fret ferroviaire, l'enfant chroniquement malade du rail.

ll a, notamment, été le président fondateur de l’AFRA (Association française du rail) dont il a assuré la présidence durant six ans. Et il a siégé comme administrateur de l’Union des transports publics et ferroviaires (UTP) où il a participé à la négociation de la Convention collective nationale de la branche ferroviaire de 2016. Mais sans avoir le pouvoir de limiter la portée d'un nouveau texte jugé pénalisant par les acteurs privés du fret puisque la nouvelle convention fait converger les conditions de travail du privé vers celles, plus protectrices des agents de Fret SNCF.

Alain Thauvette était également membre du Haut comité du ferroviaire qui a été installé depuis la réforme.

Arrivé par l'Angleterre

C'est par l’Angleterre via l'opérateur de fret ferroviaire English Welsh and Scottish Railway (EWS) que le Montréalais a commencé son aventure ferroviaire européenne. Cette période a coïncidé avec un cycle de libéralisation précédant un cycle de concentration. Le groupe EWS, acheté en 2001 par plusieurs investisseurs dont l'opérateur Canadian National où ses parents ont travaillé, envoie Alain Thauvette créer en France une filiale continentale, Euro Cargo Rail en 2005.

Deux ans plus tard, la DB acquiert EWS. Elle met ainsi un pied en France pour concurrencer de manière frontale la SNCF. Alain Thauvette devient ainsi un élément important qui permet à la DB de poser les pièces de son puzzle en Europe de l'ouest. Outre l’ex-EWS en Angleterre, ECR en France, il chapeaute également Transfesa, l'opérateur de fret espagnol passé sous le giron allemand. A cheval entre l'Europe de l'Ouest, Berlin, le siège du groupe et le Québec où sont ses attaches familiales, Alain Thauvette accomplit une tâche énorme.

En France, ECR est vite devenu le numéro deux dans l'Hexagone derrière Fret SNCF, au prix d'investissements importants consentis par la maison mère dans l'achat de locomotives. Après avoir atteint la barre des 200 millions d'euros de chiffre d'affaires, l’opérateur, qui compte plus de 1 100 salariés, a dû se recentrer ces dernières années sur la recherche de rentabilité plutôt que sur la croissance. Ce qui explique en partie le reflux du chiffre d'affaires à 187 millions d’euros en 2015.

A l'instar de Fret SNCF qui poursuit péniblement le rétablissement de ses comptes et des autres concurrents comme Europorte, ECR présidée depuis cette année par Gottfried Eymer, est confronté depuis la crise de 2008 à la concurrence accrue de la route et à la problématique des coûts ferroviaires (péage, social) en hausse. En outre, la conjoncture climatique, avec les très mauvaises récoltes céréalières de cette année n'arrangent rien.

L'arrivée d'un nouveau patron à la tête de DB Cargo, Jürgen Wilder, qui a revu l'organigramme et l'organisation du groupe n'est pas étrangère au départ d'Alain Thauvette. Pour autant ce dernier qui réside en France pourrait bien reprendre un “job“ comme on dit au Québec.

Marc Fressoz