Malgré l'avis défavorable de la commission d'enquête publique fin août 2016, malgré les critiques des élus de droite de Paris, de la banlieue et de la région Île-de-France, malgré l'opposition du Medef, malgré la pétition de l'association 40 millions d'automobilistes, Anne Hidalgo est décidée à mettre en œuvre la piétonnisation des voies sur berges rive droite. En effet, le conseil de Paris a voté, le 26 septembre 2016, la délibération qui réaffirme "la volonté de la Ville de poursuivre l'opération d'aménagement" de la voie Georges-Pompidou sur 3,3 kilomètres du quai bas entre l'entrée du tunnel des Tuileries à la sortie du tunnel Henri-IV.
 
Un premier bilan sur trois semaines
 
Le Journal du dimanche s'est procuré, en exclusivité, les chiffres de la direction de la voirie et des déplacements de la mairie de Paris sur le trafic et les temps de parcours suite à la fermeture des voies sur berges rive droite après Paris plages. Sur les trois premières semaines de septembre, le nombre de véhicules/heure a augmenté de 73% sur les quais hauts aux heures de pointe du matin par rapport à la même période voici un an, et de 13% aux heures de pointe du soir. Sur le boulevard Saint-Germain considéré comme principal axe de report, le trafic a augmenté de 41% le matin et seulement de 4% le soir.
 
S'agissant des temps de parcours, la direction de la voirie et des déplacements indique que les automobilistes mettent 1 minute de plus qu'en 2015 (soit 14 minutes) pour aller des Tuileries au bassin de l'Arsenal sur les quais hauts le matin ; et 5 minutes de plus qu'en 2015 (20 minutes) le soir. Sur le boulevard Saint-Germain, le temps de parcours est allongé de 7 minutes de la Concorde à l'Institut du monde arabe le matin (soit une hausse de 105%), mais seulement de 3 minutes le soir.
 
Sur de plus grandes distances, comme de la Concorde à Bercy, les automobilistes mettent 7 minutes de plus qu'en 2015 (soit 20 minutes) en passant par les quais hauts (+55%), mais ils mettent exactement le même temps le soir (26 mn). Par le boulevard Saint-Germain, le trajet jusqu'à Bercy prend 9 minutes de plus qu'en 2015 (20 minutes, +74%), et 1 minute de moins le soir que l'année dernière.
 
Un préfet de police prudent
 
Des chiffres qui devraient conforter la prudence affichée par le préfet de police de Paris qui en raison des résultats de la commission d'enquête publique avait déjà exprimé le souhait que la période de test soit portée à six mois. Dans une interview au journal Le Parisien le 5 septembre 2016, Michel Cadot rappelle qu'il a posé plusieurs "conditions préalables à toute fermeture" des voies sur berges rive droite : "la possible réversibilité du projet en cas de difficulté majeure de circulation durant une période de quatre à six mois, la suspension des autres projets de voirie pouvant impacter la circulation aux abords des berges (aménagement des zones 30, des places...), le maintien d'un accès permanent pour les services d'intervention et de secours et un suivi rigoureux des impacts de pollution et de circulation".

Le préfet de police de Paris insistait sur la nécessité "d'avoir une vision très précise de l'impact de cette mesure sur la vie quotidienne des Parisiens et sur leur sécurité". "Je serai particulièrement vigilant sur l'évolution en temps réel des délais d'intervention des services de police et de secours", soulignait Michel Cadot.
 
Une étape ou un coup d'arrêt ?
 
Malgré le vote favorable du conseil de Paris, l'opposition n'entend pas abdiquer. Le groupe les républicains a annoncé qu'il attaquerait le futur arrêté municipal devant le tribunal administratif. De plus, la Région a classé, le 24 septembre 2016, les berges comme des "voies routières d'intérêt régional" afin d'avoir la légitimité pour intervenir sur cette question. Précédemment, Valérie Pécresse avait annoncé la création d’un comité d'évaluation régional indépendant chargé d’analyser les conséquences de la fermeture en matière de pollution de l'air, de trafic et de bruit sur une année entière. De son côté, l'UDI-Modem réclame des états généraux de la circulation. 

En revanche, les élus du groupe radical de gauche, centre et indépendants jugent que la maire de Paris ne va pas suffisamment loin. Ils demandent qu’une étude soit lancée à l’horizon 2020 pour transformer de grands boulevards du Nord-Est parisien comme le Boulevard Barbès, les Quais de Jemmapes ou la Rue des Pyrénées, en voies de circulation restreinte. Ils expliquent qu'il s’agirait de réserver leur circulation aux transports collectifs, aux taxis et VTC, aux professionnels et véhicules de secours ainsi qu’aux voitures électriques et hybrides.
 
Florence Guernalec