C'est le nouveau passe-temps du week-end : dans la nuit du samedi 1er au dimanche 2 mai 2010, des bus des Courriers d'Ile-de-France ont essuyé de nouveaux jets de pierre au Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis) par un groupe de 20 à 30 personnes cagoulées. Pour la troisième fois en un mois, les chauffeurs ont cessé partiellement le travail sur trois lignes. Une compagnie de CRS a été déployée le 2 mai au matin.

Jean-Paul Huchon, président du Stif et du conseil régional d'Ile-de-France et les élus régionaux des commissions transports et sécurité "réuniront dans les tous prochains jours les représentants des directions et des salariés des entreprises touchées pour examiner avec elles les mesures d'accompagnement à créer pour la sécurisation des lignes de bus", indique un communiqué de la région.


La province aussi est touchée

En province aussi, les agents ont exercé leur droit de retrait après des agressions de conducteurs ou contrôleurs, comme à Nîmes, Orléans, Nice et Montpellier.
Jean-Luc Frizot, directeur de la société de transports de Montpellier, a indiqué à l'AFP une augmentation des agressions, actes de vandalisme et incivilités de 46% au cours du premier trimestre 2010 par rapport à 2009, un acte sur cinq concernant des atteintes aux agents.


Moins d'agressions contre les conducteurs, incivilités à la hausse


Au plan national, l'Union des transports publics et ferroviaires (UTP) va publier en juin ses chiffres sur la sécurité pour 2009. En 2008, elle avait recensé 740 agressions de salariés suivies d'arrêt de travail (-1,7% en un an). Mais les autres indicateurs (incivilités, atteintes aux voyageurs, vandalisme...) étaient à la hausse.

Les syndicats s'inquiètent des données pour le 1er trimestre 2010. Même dans des villes a priori calmes comme Dijon, Joaquim Bispo (FO) rapporte "des caillassages de bus dans le centre-ville".
"Les transports en commun représentent l'Etat, l'ordre public et sont pour cette raison pris pour cible. D'autant que nous allons dans des zones où plus personne ne veut aller", explique Richard Jaubert (CGT Dijon).

Le regain des agressions est interprété différemment, la CFTC pensant à des représailles après des arrestations de trafiquants de drogue, la CGT faisant le lien avec les débats sur l'identité nationale et la burqa qui "exacerbent les tensions", et FO avec la baisse des effectifs policiers.
Sud et CFDT soulignent aussi les effets de la crise économique et le désespoir dans des quartiers.


Fort turnover chez les conducteurs


Chez les poids lourds du secteur - Keolis, Veolia Transport bientôt fusionné avec Transdev - la plupart des conducteurs changent d'affectation régulièrement. "Sur chaque ligne il y a au moins un passage difficile", observe Bruno Serpaggi (CFTC) à Lyon.

En région parisienne, l'agressivité est alimentée par "l'exaspération des usagers", relève Laurent Gallois (Unsa-RATP). "Dur d'arriver devant un quai bondé, avec les gens qui font des doigts", raconte-t-il.

"Nous sommes notés sur l'accueil du client", indique à l'AFP un chauffeur de bus. Sur le plan de sécurisation des transports annoncé mi-avril 2010 par le gouvernement, centré sur la vidéosurveillance (lire notre article sur ce sujet), les syndicats sont réservés car cet outil "sert à arrêter les agresseurs a posteriori".
"Les entreprises ont fait des efforts d'équipement depuis dix ans mais à un moment il faut une présence humaine", selon Patrick Maillier (CFDT).

"Les effectifs doivent progresser alors que le nombre de voyageurs augmente et nos plages horaires aussi", complète Gérard Giordana (CGT) de Nice.
Plusieurs syndicats vont jusqu'à demander que les exploitants aient des obligations de résultats en matière de sécurité.

(avec AFP)