L’arrêt de la production sur le site de Belfort à l’horizon 2018 a été annoncée le 7 septembre. Le lendemain, le PDG d’Alstom, Henri Poupart-Lafarge était invité à s’expliquer à Bercy sur "les motivations de cette décision", explique le communiqué du ministère du 8 septembre 2016. 

Le ministre de l'Économie et des Finances Michel Sapin et le secrétaire d'État chargé de l’Industrie Christophe Sirugue "lui ont fait part de leur incompréhension du caractère soudain et non concerté de cette annonce". Bercy a demandé au PDG d’Alstom, "avant toute décision définitive, d’engager une phase de discussion et de négociation avec l’État, les partenaires sociaux, les élus locaux et l’ensemble des parties prenantes". Enfin, "ils ont insisté auprès de M. Poupart-Lafarge pour qu’Alstom s’inscrive dans un dialogue social exemplaire et transparent avec les organisations syndicales".

La balle dans le camp de l'État actionnaire

Rappelons que l’État est devenu, en février 2016, un actionnaire de référence du groupe Alstom. En effet, l’État dispose d’un droit de vote à hauteur de 20% du capital du groupe français via un prêt de titres Bouygues SA d’une durée d’environ 20 mois, assorti d’une série d’options d’achat. En parallèle, l'État dispose de droits de gouvernance et d'une représentation au conseil d'administration d’Alstom déjà effective depuis l'assemblée générale du groupe de décembre 2015.

"La mise en œuvre de l’accord conclu avec Bouygues permettra à l’État d’accompagner Alstom dans la conduite de son projet stratégique, à présent recentré sur l’activité de transport ferroviaire, tout en disposant de la souplesse nécessaire pour optimiser ses intérêts patrimoniaux", expliquait alors le communiqué de Bercy du 8 février 2016.

Exactement sept mois plus tard, Bercy indique que le secrétaire d’Etat chargé de l’Industrie recevra dès le début de la semaine prochaine les organisations syndicales ainsi que les élus locaux. Reste à savoir si c’est l’État actionnaire ou un gouvernement en campagne électorale qui va traiter le dossier dans ces prochaines semaines.

Florence Guernalec

 

La réaction des syndicats 

"Il n'y a rien de concret", a réagi Pascal Novelin, délégué CGT du site de Belfort. "Ils veulent des discussions avec les organisations syndicales ? Pour quoi faire ? Pour nous expliquer comment ils fermeront notre usine ?"

Le sacrifice de Belfort, berceau de la première locomotive vapeur du groupe et, plus récemment, de sa première motrice TGV, "n'est pas une bonne nouvelle" non plus pour Reichshoffen, déclare Daniel Dreger, porte-parole de l'intersyndicale CGT-FO du site alsacien. Le carnet de commandes de l'usine franc-comtoise était devenu si léger qu'"en l'état, on va transférer zéro charge à Reichshoffen", affirme-t-il.

AFP