Tout un symbole. Le programme du TGV du futur, lancé officiellement aujourd’hui par Alstom et la SNCF, se fera sans l'usine historique de Belfort où a été fabriquée la première motrice. Le constructeur français a en effet annoncé, le 7 septembre 2016, une décision difficile : la fermeture de son site de production de locomotives fret et de motrices TGV d'ici à 2018. La production sera transférée à Reichshoffen, dans le Bas-Rhin. 

Quid des 480 personnes aujourd'hui employées à Belfort ? "Les 400 salariés affectés à la production recevront une proposition de reclassement dans les autres sites du groupe en France", indique l'industriel. Environ 80 personnes doivent être maintenues à Belfort, non pas à la production mais à l'activité de services.

C'est devant le comité des syndicats européens du groupe, réuni le matin-même à Reichshoffen, que la nouvelle a été annoncée par le DRH du groupe, puis reprise dans l'usine de Belfort par le directeur du site.

Cependant, cette pilule amère à avaler ne constitue pas une surprise. Depuis quelques mois, le groupe semblait préparer le terrain en alertant sur la baisse du plan de charge et de ses commandes en France, alors qu'il a engrangé un carnet de commandes record à l'étranger ces derniers mois.

Le marché des locomotives fret ne se porte pas bien et Alstom a manqué cet été un contrat  auprès du groupe SNCF gagné par Vossloh. Par ailleurs, le plan de livraison des derniers Duplex n'est pas suffisant en attendant les commandes du TGV du futur qui devraient commencer à être livrés en 2022.

"La charge des douze sites en France baissera de 30% d'ici à 2018" en raison de "la baisse des commandes et des projets d'investissement", souligne Alstom qui n'a pas attendu que l'élection présidentielle soit passée pour annoncer cette mauvaise nouvelle pour l'emploi industriel et pour le personnel.

Douche froide pour le personnel

Devant l'usine, en fin d'après-midi, des grappes d'employés mutiques sortent au compte-gouttes, l'air assommé sous le choc de l'annonce. «Pour l'instant, on n'arrive même pas à en parler. Il faut digérer l'annonce qui nous a été faite en 10 minutes», explique un employé.

 Quant aux promesses de reclassements ... «Il y a plein de salariés qui ne sont pas mobiles", balaye-t-il.

«Cette annonce signifie pour nous la fermeture ni plus ni moins de  Belfort", a dit à l'AFP Olivier Kohler, délégué CFDT du site. C'est « un vrai gâchis», regrette Claude Mandart, délégué central CFE-CGC, 
d'après qui il «ne resterait à Belfort qu'une centaine de personnes» d'ici à deux ans.

Inacceptable pour Pascal Novelin, délégué CGT du site. «La direction dit “On vous proposera quelque chose“. Est-ce qu'on va déraciner 450 familles ?» interroge le syndicaliste. Et de promettre: «On défendra bec et ongles notre usine. Par la grève, par tous les moyens. On ne va pas se laisser faire mettre a la porte comme des moins-que-rien».

Un site ouvert en 1879

Installée depuis 1879 à Belfort, l'entreprise y a produit sa première locomotive à vapeur en 1880, avant de se développer dans les turbines et l'énergie, une activité cédée à l'américain General Electric fin 2015.

Mais un an plus tôt, les syndicats alertaient déjà sur des menaces de suppressions de postes dans la branche transports à Belfort. Or, le carnet de commandes du groupe ne s'est pas rempli depuis. L'usine de Belfort n'avait plus que quelques locomotives à fabriquer pour la SNCF et l'Azerbaïdjan jusqu'en 2018, puis pour la Suisse jusqu'en 2021.
 
Celle de Reichshoffen (1.000 salariés à ce jour), où sont assemblés les trains régionaux, n'a pas beaucoup plus de visibilité: la commande de 30  trains Intercités pour la SNCF promise en février 2016 par le secrétaire d'Etat aux Transports, Alain Vidalies, n'a pas encore été concrétisée.

Un symptôme de la crise financière du système ferroviaire.

Marc Fressoz avec AFP

 

Pendant ce temps, l'usine italienne de Savigliano garnit son carnet de commandes

Le jour même de l'annonce de la fermeture de Belfort, Alstom a signé un nouveau contrat en Italie concernant sa gamme à grande vitesse. Il porte sur la fourniture à l'opérateur NTV de "quatre trains à grande vitesse Pendolino et les services de maintenance associés", a-t-il fait savoir le 7 septembre 2016.

Il comprend aussi l’extension de 20 à 30 ans des services de maintenance de l’ensemble de la flotte de Pendolino de l’opérateur privé italien.

"NTV exerce ainsi deux options d’un précédent contrat conclu avec Alstom en octobre 2015 pour l’achat de huit trains Pendolino actuellement en construction sur le site Alstom de Savigliano, en Italie. Leur livraison est prévue fin 2017 pour une mise en service début 2018."

Composées de sept voitures (187 mètres), les rames Pendolino transporteront jusqu'à 480 passagers chacune à une vitesse commerciale maximale de 250 km/h.

Elles s’ajouteront aux 25 AGV de NTV, portant ainsi sa flotte à 37 trains de la gamme grande vitesse Avelia.