Elles s’appellent Navly : l’une est rouge, l’autre est blanche. Toutes deux ont une capacité de transport de 15 personnes, circulent à 20 km/h (25 km/h en vitesse de croisière) et sont 100% électrique. Jusque là, rien de rare. Excepté que ces véhicules n’ont ni volant, ni pédale et surtout pas de conducteur. Et pour cause, il s’agit des deux navettes autonomes qui seront mises en service le 5 septembre 2016 dans le quartier de la Confluence.
 
Un nouveau service de mobilité dont l’objectif est de répondre à la problématique des derniers kilomètres. "L’obligation de marcher sur plusieurs centaines de mètres peut être un frein à l’utilisation des transports publics", rappelle Jean-Pierre Farandou, président de Keolis. C’est même un casse-tête pour les collectivités et leurs opérateurs de transport.
 
En effet, au regard des faibles potentiels de fréquentation et des investissements importants, difficile de créer une ligne de bus régulière pour répondre à ces besoins. "Les navettes autonomes sont parfaites pour cela ! Elles peuvent être un levier de report modal et un booster pour les transports publics  puisqu’elles complètent l’offre. C’est réellement une solution de mobilité innovante qui présente également une souplesse d’exploitation", s’enthousiasme Jean-Pierre Farandou.
 
Déployées dans le 2e arrondissement de Lyon, ces navettes, disposant d’une autonomie de 6 à 8 heure, assurent la desserte de cet écoquartier entre la station de tramway Hôtel de Région-Montrochet (ligne T1) et la pointe de la Confluence, côté Saône.
 
Cinq arrêts ont été prévus sur un parcours de 1,3 kilomètre. Sur l’ensemble de ce parcours, les véhicules ne croiseront ni feu tricolore, ni passage piétons, ni intersection. A compter du 5 septembre 2016, ce service fonctionnera du lundi au vendredi, de 7h30 à 19h, à raison d’un passage toutes les 10 minutes en heure de pointe et de 20 minutes le reste de la journée. Pendant la durée de l’expérimentation, ces navettes seront accessibles gratuitement. Elles pourraient transporter entre 400 et 1000 personnes par jour.
 
Une innovation 100% française
 
Elles ont été conçues par Navya, une société implantée à Villeurbanne, spécialisée dans le développement de solutions de mobilité innovantes, intelligentes et durables. Pour mener à bien ce projet, cette start-up a noué un partenariat avec le groupe Keolis qui opère le réseau urbain de Lyon.
 
"Pour concevoir ce véhicule, 100 000 heures d’ingénierie ont été nécessaires et cela s’est traduit par l’implication de 30 entreprises", précise Christophe Sapet, président de Navya. Cette entreprise qui compte aujourd’hui 60 salariés, dispose d’un atelier de fabrication, d’un centre R&D, un centre de supervision et d’un site d’essai.
 
"C’est une innovation 100% française, une première à l’échelle mondiale", se félicite Pascal Jacquesson, directeur général de Keolis Lyon. Une première mondiale au regard de la durée de l’expérimentation - un an - mais surtout car elle se déroule sur une route ouverte et les services sont ouverts au public.
 
La loi interdisant de faire circuler des véhicules sans conducteur, les partenaires ont dû obtenir une dérogation du ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie. Un projet validé en juillet dernier en tant qu’expérimentation nationale.
 
"Cette expérimentation a un triple objectif : confirmer la fiabilité du système, tester les réactions des utilisateurs et préciser avec le Sytral quelles pourraient être les étapes suivantes pour proposer une nouvelle mobilité", précise le directeur général.  
 
30 véhicules en fabrication
 
Pour opérer ces deux navettes, Keolis Lyon et Navya ont créé Navly, une société commune dotée d’un capital de 300 000 euros, détenu à parts égales par les deux partenaires. Ce projet est, par ailleurs, soutenu financièrement par le Sytral (Syndicat mixte des transports de l’agglomération lyonnaise et du Rhône) et la métropole de Lyon qui ont respectivement investi 100 000 et 70 000 euros.
 
Cette opération est également soutenue par l’Ademe. "Nous disposons d’un budget de fonctionnement et d’investissement de l’ordre de 500 000 à 550 000 euros", précise Christophe Sapet, président de Navya.
 
Techniquement ce véhicule - dont le prix moyen est de 200 000 euros - est truffé de technologies. "Grâce à ses capteurs, il connaît parfaitement son environnement et sait se positionner au centimètre près", assure Christophe Sapet. Tout comme il sait distinguer sur la route tous types d’obstacles : poteaux, piétons, signalisation...
 
Une vérification et un contrôle centralisés de ses mouvements sont par ailleurs assurés à distance et des systèmes d’arrêt d’urgence sont accessibles en cabine en cas de problèmes. En sachant que pendant la durée de l’expérimentation, des agents de Keolis seront présents à bord des véhicules pour assurer l’accueil et l’accompagnement des passagers.
 
"Actuellement, une trentaine de véhicules sont en fabrication et beaucoup de contrats sont en cours de négociation", indique le président de Navya.
 
Lyon, terre d’innovations
 
Ce n’est pas un hasard si ce projet a vu le jour dans la capitale des Gaules. En effet la métropole lyonnaise est reconnue sur la thématique des Smart Cities et a été récemment labélisée "Smarter together". "Nous vivons une époque d’innovation : il faut regarder le monde qui est en train de s’inventer et avoir une longueur d’avance", insiste Gérard Collomb, président de la Métropole de Lyon.
 
"La mobilité autonome est un des grands enjeux de la ville et de l’avenir. Je pense qu’il n’y a d’intelligence que collective et d’innovation que collaborative. Je crois profondément que les stratégies de ville intelligente ne peuvent réussir que si les communautés humaines se mettent en mouvement, travaillent ensemble et développent des projets concrets".
 
Une analyse partagée par Jean-Pierre Farandou qui dit "ne pas bouder son plaisir" et ne cache pas sa satisfaction quant à ce projet qui a vu le jour après plusieurs années de réflexions et de travail : "Lyon est un creuset d’inventions intelligentes et utiles. Cette navette porte en son germe toute l’innovation de la filière industrielle française. Les sociétés françaises sont performantes, agiles et rapides pour anticiper et être en avance".
 
Christine Cabiron