Le dernier exercice de prospective sur la demande de transport remontait à 2007 et ne prenait pas en compte la crise financière et économique de 2008, et donc la forte baisse des trafics qui en a résulté. A nouvelles projections, nouvelles hypothèse de croissance, d'évolution du prix du pétrole, des réseaux de transport et des modalités de leur tarification (1).... L'objectif de ces projections de la demande de transport sur le long terme ? Evaluer sur le long terme l'impact des grands projets de transport et élaborer des trajectoires de transition énergétique pour la mise en œuvre de la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) adoptée en novembre 2015.

Le train tire son épingle du jeu
 
S'agissant de la longue distance (+100 kilomètres), le CGDD prévoit que le trafic voyageurs va augmenter au rythme de 1,2% par an entre 2012 et 2030 et de 1,1% par an entre 2030 et 2050 en raison d'une augmentation générale de la population et d'une progression des salaires qui permettra une hausse des dépenses Transport des ménages.

Cette hausse du trafic devrait profiter au train qui verrait sa part modale passer de 20,6% en 2012 à 22,4% en 2030 et 25,7% en 2050 avec quasiment un doublement du nombre de milliards de voyageurs-kilomètres (65,5 en 2012 à 125,8 en 2050). Selon le CGDD, le train profiterait de la mise en service des nouvelles LGV.

L'autocar et le covoiturage en embuscade
 
Néanmoins, si les projections prennent en compte les nouveaux modes de déplacement (covoiturage et autocars Macron) alors le train serait réduite à 112 milliards de voyageurs-kilomètres en 2050.

En effet, le CGDD évalue qu'à terme, le covoiturage pourrait représenter 2,8% des déplacements longue distance internes à la France (7,4 Mds voy.km en 2050), et les autocars 3,4% (8,9 Mds voy.km). En supposant une clientèle commune à 25% pour ces deux nouveaux modes, leur part de marché conjointe sur les déplacements France-France longue distance atteindrait 4,6%.

Un afflux d'usagers dans les transports collectifs
 
Sur la courte distance, le Commissariat général au développement durable table sur une reprise de la demande de mobilité après les années de crise financière et économique. Le CGDD prévoit que si l'on prolonge les tendances de mobilité observées aux cours des dernières années et si on généralise à l'échelle du parc les performances des véhicules vendus à l'horizon 2030, alors le trafic voyageurs augmenterait de 29% entre 2012 et 2050 avec une hausse de 49% pour les transports collectifs et de 27% pour les voitures particulières.
 
En revanche, si l'on prend en compte les mesures volontaristes supplémentaires envisagées destinées à optimiser l'organisation de l'espace urbain et donc à réduire la demande de transport, et si on développe la part modale du vélo, le nombre de véhicules électriques et le taux d'occupation des voitures via le covoiturage, alors le trafic voyageurs n'augmenterait plus que de 16% entre 2012 et 2050.

Des mesures volontaristes indispensables
 
Enfin, en agrégeant les projections réalisées pour les voyageurs courte et longue distance et celles pour les marchandises, le CGDD prévoit que le trafic routier devrait augmenter de 15% à l'horizon 2030 et entre 20 et 34% à l'horizon 2050 selon le "cadrage" considéré - tendances actuelles ou mise en œuvre de mesures volontariste dans le cadre de la stratégie nationale bas carbone (SNBC).
 
Le Commissariat général au développement durable conclut que les émissions directes de CO2 liées au transport diminueraient de 30% à l'horizon 2050 dans le cadrage tendanciel, ce qui est insuffisant pour atteindre un facteur 4 sur l’ensemble des émissions françaises de gaz à effet de serre.
En revanche, les mesures volontaristes supplémentaires du cadrage SNBC permettraient une diminution plus importante de ces émissions, de l'ordre de 62% à l'horizon 2050, ce qui est proche de la déclinaison sectorielle indicative de l’objectif facteur 4 présentée dans la Stratégie nationale bas carbone.
 
Florence Guernalec
 
 
(1) Ces projections ont été réalisées à partir d'une hypothèse de reprise économique avec une croissance du PIB de 1,9% par an entre 2012 et 2030, puis de 1,7% par an entre 2030 et 2050, fondée sur les prévisions de croissance de la Direction Générale du Trésor dans le cadre des travaux du Conseil d'orientation des retraites. Le prix du pétrole retenu est de 93€ (valeur 2012) en 2030 et de 117€ (2012) en 2050, conformément aux prévisions de l'Agence internationale de l’énergie (AIE), scénario "New policies" de 2013.