MobiliCités : En 2015 Ingérop a réalisé un CA de 199 millions et vise les 210 millions d'euros cette année. Que représente l’activité transport public et ferroviaire ?
Yves Metz : Chez Ingérop, nous avons une activité Ville et mobilité dans laquelle nous incluons l’infrastructure des transports publics et routière mais aussi les infrastructures nécessaires à faire fonctionner les quartiers de ville (réseau, énergie et autre). Le vocable transport qui concerne aussi l'aéroportuaire est assez protéiforme et nous l’avons inclus dans une approche globale. En 2015, ce secteur Ville et mobilité a représenté 53% de notre activité. Si l’on isole l’activité transport (tram, métro, BHNS), cela représente 20% de notre chiffre d'affaires.
 
L’un des faits marquants ces dernières années, c’est votre présence sur le Grand Paris Express. Au total, quel chiffre d'affaires cela représente ?

Ingérop est présent sur trois lignes. Sur la ligne 15 avec Setec entre le Pont de Sèvres et Villejuif. Ce marché attribué fin 2013 est entré dans la phase travaux. Et nous avons remporté en début d’année 2016 la conception de la ligne 18 – une trentaine de kilomètres dont les deux tiers en souterrain et 9 gares. Nous sommes mandataires avec deux autres confrères et un cabinet d’architecture. Depuis mai, il y a également un tronçon de la ligne 17 entre le Bourget et Le Mesnil Amelot (moitié en souterrain, moitié à l’air libre) où nous sommes cotraitants derrière les Suédois de Sweco.
Tous ces contrats ont trait au génie civil et à un certain nombre d’équipements locaux (ventilation, électromécanique). Au total, ces trois gros contrats – à l’exception de contrats plus modestes – représentent pour Ingérop de l’ordre d’une soixantaine de millions d’euros en propre.
 
En quoi ces références vous aident-elles à l'export ?
Clairement, toutes les ingénieristes ont besoin d’avoir une base domestique forte chez eux pour pouvoir être pertinents et percutants à l’international. Cela montre une capacité à piloter de grands contrats et mener des opérations d'ouvrages souterrains. C’est primordial pour nous.
Par exemple, le succès que nous avons obtenu sur la ligne 15 nous a permis de décrocher le contrat du métro de Lima au Pérou pour la conception de la troisième ligne qui aura une longueur de 35 kilomètres, dont les deux tiers en souterrain. Le contrat de la ligne 15 nous a légitimés.
Ceux des lignes 16 et 17 sont encore trop récents pour pouvoir dire qu’ils nous ont aidés ailleurs. Comme ils s’étendent sur plusieurs années, la capitalisation viendra au fur et à mesure. La qualité des CV que l’on présente dans les appels d'offre est un élément clé et nos ingénieurs vont acquérir une expérience qui sera très utile dans les années à venir.
 
Où en êtes vous dans vos objectifs de développement international ?
Cela représente 21% de notre activité en 2015 avec 42 millions d’euros de chiffre d'affaires contre 15 % en 2014, notamment grâce à deux acquisitions, en Grande-Bretagne et en Afrique du sud, mais aussi  à de l’export que nous faisons depuis la France. Deux ou trois zones ont porté notre croissance comme l’Afrique (train urbain d'Abidjan en Côte d'Ivoire, BRTS de Nairobi au Kenya, chemin de fer au Cameroun pour ce qui concerne les infrastructures de transport) et l’Amérique latine (tramway de Medellin, métro de Lima, transport ferroviaire etc.) et en Europe (aéroport de Genève).
 
Votre plan de développement prévoit un chiffre d'affaires de 270 millions d'euros. Face aux anglo-saxons et à un géant comme Aecom – 18 milliards de dollars de CA – qui accélèrent la concentration du marché de l'ingénierie, Ingérop devra-t-il se rapprocher d’un autre acteur de taille comparable ?
L’avenir nous le dira. A court terme, il n’existe aucun projet en ce sens car nous n'en ressentons pas le besoin. Nos clients trouvent notre taille adaptée à leurs besoins et apprécient notre modèle et le fait d'avoir en face d'eux des responsables qui sont aussi des actionnaires d'Ingérop. Notre modèle nous permet une certaine agilité.
Après, il  ne faut jamais dire : fontaine je ne boirai pas de ton eau. Il est clair que notre taille ne nous permet pas d’être présent partout et de viser des opérations à 100 à 200 millions d'euros mais il reste à travers le monde un certain nombre de marchés pour lesquels nous sommes tout à fait adaptés.

Propos recueillis par Marc Fressoz