Une liste longue comme un inventaire à la Prévert. La Commission européenne a rendu public, le 17 juin 2016, les 195 projets d’infrastructures de transport dans l’Union européenne qu'elle va cofinancer à hauteur de 6,7 milliards d'euros dans le cadre du deuxième appel à projet du Mécanisme pour l'interconnexion en Europe (MIE). C'est la moitié des 13,1 milliards distribués lors du premier round durant l'été 2015.
 
"Cet investissement devrait permettre de mobiliser un cofinancement supplémentaire, public et privé, pour atteindre un montant total de 9,6 milliards d'euros", a indiqué l'exécutif européen, qui veut notamment  contribuer à la "numérisation et à la décarbonisation" du secteur.
 
Bulgarie, Croatie, Chypre, République tchèque, Estonie, Grèce, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Malte, Pologne, Portugal, Roumanie, Slovaquie et Slovénie : dans l’affaire, ce sont surtout ces pays d’Europe qui ont raflé la mise.

Ces “États membres admissibles au bénéfice du Fonds de cohésion ont reçu près de 85% du financement, ce qui permettra de gommer en partie les disparités en matière d'infrastructures dans l'Union", précisé la Commission dans un communiqué.
 
En moyenne, Bruxelles a retenu la moitié des projets que les États membres lui ont soumis (195 sur 406 candidats) pour ce deuxième round de sélection. La décision de financement doit désormais être formellement adoptée par la Commission à la fin du mois de juillet 2016. Les projets sélectionnés sont cofinancés à des taux pouvant aller de 20% à 85%.
 
Parmi les exemples, l'exécutif européen cite "la rénovation du tronçon ferroviaire Brasov-Sighisoara en Roumanie", "la liaison ferroviaire  Aveiro-Vilar Formoso au Portugal" ou encore "la modernisation de la ligne de chemin de fer E30 (tronçon Zabrze-Katowice-Cracovie) en Pologne". Certains peuvent concentrer jusqu'à 241 millions d'euros d'aides européennes (85%) comme la construction d'une seconde voie ferroviaire à la frontière entre la Hongrie et la Croatie.
 
Le temps des queues de cerise pour la France

Et la France ? Le gouvernement français s’est félicité dans un communiqué en trompe-l’œil estimant qu'avec près de "141 millions d'euros" la France a été bien servie,  “dans les tout premiers bénéficiaires des crédits européens pour la période 2014-2020".
 
En réalité, si on s’en tient strictement à la récolte 2016 sans l'additionner à celle de 2015 (le premier appel à projet), c’est plutôt la misère. Bruxelles ne va distribuer à la France qu’un total d’environ 38 millions d’euros, soit des queues de cerise par rapport au gâteau de 6,7 milliards d’euros. Ils iront essentiellement au cofinancement d’études plutôt qu'à celui de travaux.
 
Tous secteurs confondus (ferroviaire, aérien, routier, fluvial), le grand gagnant est le métro de Toulouse. Le projet de troisième ligne de la métropole, Toulouse Aérospace express, tire en effet très bien son épingle du jeu.

Bruxelles va financer la moitié du prix des études de cette infrastructure déjà surnommée "ligne Airbus" car elle doit notamment relier Airbus Colomiers à Airbus Defence and Space. Elle va payer une part de 9,8 millions d'euros. A l'échelle hexagonale, il s'agit du montant le plus important apporté par la Commission. Mais ces quelque 10 millions d’euros constituent une goutte d’eau dans le devis de cette ligne chiffrée à 1,72 milliard d’euros.
 
Bruxelles veut faire sauter les bouchons ferroviaires

Dans le secteur ferroviaire, outre une aide en faveur de l'installation de l'ERTMS vers le Luxembourg (5,1 millions), la Commission va surtout contribuer à faire sauter les bouchons, une problématique utile au fret ferroviaire mais sacrifiée au tout TGV ces dernières décennies.
 
Ainsi, avec 7,7 millions d’euros, elle va cofinancer 37,2 % des études en faveur du contournement de Lyon. Même optique avec une participation de 5,6 millions d’euros (50%) pour améliorer le contournement de Marseille et de Nice.
 
Par ailleurs, Bruxelles va apporter 1,77 million d’euros soit 50% du coût des études pour améliorer la gare TGV de Roissy. Il ne s'agit donc pas d'une aide au projet de liaison ferroviaire directe CDG Express.

Par ailleurs, la Commission fait un peu de saupoudrage en faveur de la route. Le projet C Road destiné aux ITS va bénéficier de 7,2 millions d'euros.

Reste qu'une cession de rattrapage se profile. "Il y aura un troisième appel à projet cette année", a indiqué  la commissaire européenne chargée des Transports, Violeta Bulc.

Marc Fressoz