Ça y est. Comme on pouvait s'y attendre, moins d'un an après le lancement des lignes nationales par autocar, les grandes manœuvres commencent chez les opérateurs. Starshipper, qui regroupe 32 PME autocaristes, a décidé de rejoindre Ouibus et de poursuivre l'exploitation de ses lignes sous franchise. "Le marché de l'autocar longue distance est trépidant et très dynamique. Nous avons besoin d'atteindre une taille critique en matière de desserte pour amortir les frais de développement de cette activité et notamment ceux liés au système de réservation qui demande beaucoup d'investissement", a expliqué Roland de Barbentane, directeur général de Ouibus, lors d'une conférence de presse.

Dans l'accord passé entre les deux acteurs, les 32 PME membres de Starshipper feront rouler leurs autocars sous la marque Ouibus, "mais garderont la liberté de fixer leurs tarifs et auront toute latitude pour leur politique commerciale et leur circuit de distribution", précise Roland de Barbentane. En échange Starshipper, qui disparaît en tant que marque commerciale, prendra 5% du capital de Ouibus, la SNCF conservant 95%.

600 "Capitaines", 200 autocars

La flotte Ouibus passera de 150 à 200 autocars et de 450 à 600 conducteurs ou "Capitaines" selon la terminologie de Ouibus. Avec cette intégration, Ouibus conforte sa stratégie de partenariat avec des PME plutôt que de développer un parc en propre qui était la marque de fabrique de son prédécesseur iDBUS. Les huit autocaristes qui travaillaient déjà en sous-traitance pour Ouibus seront donc rejoints par les 32 PME de Starshipper. Résultat, le parc propre de Ouibus ne représentera plus que 20% de l'activité contre 50% pour la sous-traitance et 30% en franchise. La différenciation entre sous-traitance et franchise est importante puisque, dans le premier cas, les PME ne prennent aucun risque commercial alors que les franchisés conservent la liberté de fixation de leurs tarifs et de leur politique commerciale.

Pour Jean Sébastien Barrault membre du comité exécutif de Starshipper, qui a indiqué avoir été courtisé par d'autres acteurs, le choix s'est porté sur Ouibus à cause de "sa forte stratégie commerciale et sa maîtrise des outils digitaux de réservation comme d'information voyageurs". Autre raison de ce choix, la liberté laissée aux franchisés de "créer de nouvelles lignes et la commercialisation de leurs lignes grâce à leurs points de vente". En clair, les PME de Starshipper seront des partenaires et pas de simples affrétés même si on imagine que cette "liberté" restera encadrée par le développement global du réseau Ouibus.

Des réseaux complémentaires

Géographiquement, les réseaux Ouibus et Starshipper sont complémentaires, ont expliqué les deux partenaires. Starshipper est en effet surtout implanté dans l'ouest et le sud de la France. Pour autant des adaptations seront nécessaires pour éviter les doublons. Un travail qui sera effectué dans les semaines qui viennent.

Avec ce renfort, Ouibus, qui vient de franchir la barre du million de voyageurs, va accélérer son développement. Il bénéficiera de l'apport des 200 000 passagers transportés annuellement par Starshipper. Par comparaison, leur concurrent Flixbus vient d'annoncer qu'il avait lui aussi franchi la barre du million de voyageurs. Le tout en moins d'un an puisque les premiers autocars se sont lancés sur ce marché en septembre 2016.

Ce rapprochement est le premier exemple de consolidation d'un marché qui en connaitra d'autres. Ainsi, selon nos informations, la filiale de Transdev isilines devrait annoncer dans les jours qui viennent des accords stratégiques avec d'autres acteurs du secteur. En Allemagne où le marché de l'autocar a été libéralisé en 2013, il a suffit d'un peu plus d'un an pour voir le nombre d'opérateurs passer d'une dizaine à deux ou trois.

Robert Viennet