Le décret publié au Journal officiel, le 5 juin 2016 déclare "d'utilité publique et urgents les travaux nécessaires à la réalisation des lignes ferroviaires à grande vitesse Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax entre Saint-Médard-d'Eyrans (Gironde), Saint-Jory (Haute-Garonne) et Saint-Vincent-de-Paul (Landes)". Le gouvernement disposait d'un délai de 18 mois après la clôture de l'enquête publique, soit jusqu'au 8 juin, pour se prononcer.
 
Par conséquent, dans ces zones, les expropriations nécessaires devront être réalisées dans un délai de quinze ans maximum. "Le maître d'ouvrage devra, s'il y a lieu, remédier aux dommages causés aux exploitations agricoles", est-il précisé dans ce décret.
 
"C'est un dossier que je soutiens depuis toujours, a indiqué le secrétaire d'État aux Transports Alain Vidalies. Il est important pour le Sud-Ouest, pour la France et pour l'Europe. Le Sud-Ouest ne peut pas rester à l'écart de la grande vitesse. Toulouse, qui est la quatrième métropole française, doit être reliée par la LGV. Il est enfind'intérêt européen d'avancer vers l'Espagne. L'arrivée à Dax ne sera qu'une première étape."
 
Alain Vidalies avait ainsi annoncé le 26 septembre 2015 que le gouvernement avait validé la réalisation de ces deux LGV dans le cadre du Grand projet ferroviaire du Sud-Ouest (GPSO), et ce malgré l'avis négatif, à caractère consultatif, rendu par la commission d'enquête publique. Il avait saisi le Conseil d'Etat pour avis qui a validé le 25 mai le projet de décret.
 
Un financement à trouver
 
Le projet doit mettre Toulouse à un peu plus de 3 heures de Paris en 2022, contre au moins 5h20 aujourd'hui avec des hypothèses de mise en service en 2024 pour Bordeaux-Toulouse et en 2027 pour Bordeaux-Dax.
 
Alain Vidalies a reconnu qu'il ne "sera pas simple" de boucler le financement de ces lignes, estimé à 9 milliards d'euros. Il réunira "d'ici à la fin du mois de juillet" les présidents des principales collectivités "pour lancer officiellement cette mission et pour qu'on étudie ensemble les conditions de financement".
 
"Il appartient à l'État et à l'Europe, à travers le grand emprunt, le Plan Juncker ou toute autre solution innovante d'assurer le financement d'un équipement public fait pour traverser les siècles", suggèrent Carole Delga et Alain Rousset, respectivement présidente de la région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées et président de la région Aquitaine Limousin Poutou-Charentes dans un communiqué commun signé avec le représentant de la Fnaut dans la grande région Aquitaine, Christian Boucarest.
 
Satisfecit des Régions concernées
 
Les deux présidents de Région et la Fnaut se réjouissent de la signature de la DUP. Car ils estiment que le Grand Projet ferroviaire du Sud-Ouest (GPSO) sera un "accélérateur de croissance" pour leurs territoires : "Le GPSO présente un intérêt socio-économique évident pour notre avenir et répond aux attentes des usagers et des acteurs du monde économique. Il est aussi la meilleure réponse aux défis environnementaux. (...) Nous avons la conviction que cette révolution des temps de parcours renforcera notre relation à l'Espagne (Bilbao, Barcelone, Vitoria, Madrid...) et encore davantage le dynamisme de nos territoires en constituant la structure d'un réseau de transport efficient et durable. Véritable épine dorsale de nos deux régions, la LGV GPSO participera au maillage de nos territoires en complétant nos offres TER."
 
Des opposants déterminés
 
Dans un communiqué, le Cade, un collectif d'association qui s'oppose à cette ligne, souligne : "alors que les finances publiques sont exsangues, que la France croule sous les déficits, que l'entreprise SNCF affiche un déficit abyssal de 50 milliards d'euros, que la mise en service de la LGV Tours-Bordeaux sera déficitaire pour l'opérateur ferroviaire, l'Etat coupé des réalités économiques, n'écoute plus les citoyens et continue de valider des projets inutiles et ruineux".
  
Il prévient l'État, en agissant ainsi, qu'il "prend la responsabilité d'ouvrir de nouveaux lieux de résistance et de contestation à l'image de celui de Notre-Dame des Landes".
  
Environ 200 personnes, dont certaines ayant acheté collectivement un terrain sur le futur tracé pour retarder le processus d'expropriation, se sont réunies samedi dans le sud de la Gironde pour exprimer leur opposition au futur chantier.
  
Un appareil techno-politique en cause
 
Sans surprise, le député PS de la Gironde, Gilles Savary, reste farouchement opposé à cette LGV qu'il qualifie, dans un communiqué, de "projet d'une autre époque". Il déplore cette "préférence pour la construction d'un nouveau réseau ferroviaire dédié à la seule grande vitesse à la française, extrêmement coûteux, consommateur d'espaces précieux, au modèle économique déclinant, plutôt que pour une modernisation technologique ambitieuse du plus grand réseau ferroviaire européen, aujourd'hui notoirement sous-utilisé et en état de vieillissement avancé".
 
Au-delà du projet de LGV, Gilles Savary s'en prend à la décision politique. En effet, celui-ci rappelle que la commission d'enquête publique a rendu un avis négatif et que cette décision du gouvernement "contredit un rapport de la Cour des comptes sur la politique ferroviaire des gouvernements précédents". Il souligne également que l'avis favorable du Conseil d'État sur le projet de décret du gouvernement est resté "confidentiel" et mériterait, selon lui, d'être rendu public.
 
Et de dénoncer une décision qui ignore les remarques de l'enquête publique : "Il est regrettable que l'appareil techno-politique national se soit refusé à tout autre dialogue que celui d'une enquête publique négative dont il a décidé de ne tenir aucun compte, que ce soit sur le projet lui-même en regard des nouvelles attentes des usagers, sur d'éventuelles alternatives moins coûteuses, ou même sur le saccage de la zone humide remarquable et de la hêtraie fossile du Ciron, dont le système hydrogéologique constitue l'usine climatique naturelle du Sauternes".
 
Florence Guernalec (avec AFP)