Il y a de l'électricité dans l'air, ou plus exactement, autour de l'air qu'on respire dans les grandes villes et en particulier celui de la capitale française. En effet, le même jour, deux prises de parole ont fait ressortir l'opposition entre le lobby automobile et les pouvoirs publics locaux, mais aussi entre ces derniers et Bruxelles.
 
Un préjudice pour 800 000 automobilistes ?

Le 11 mai 2016, l’association 40 Millions d’automobilistes a prévenu au cours d'une conférence de presse qu’elle compte ferrailler avec ses adhérents contre la décision de la Ville de Paris de limiter peu à peu l’accès de la capitale aux voitures et camions les plus anciens, autrement dit ceux qui polluent le plus.
 
En effet, à partir du 1er juillet 2016, les véhicules mis en service avant le 1er janvier 2007 n’auront plus droit de cité entre 8h00 et 20h00 en semaine.

"La mesure est votée, actée. Un arrêté sera pris automatiquement le 1er juillet. Dès qu'il le sera, nous serons prêts à saisir le tribunal administratif", a expliqué Me Jean-Baptiste Iosca, qui porte la procédure pour l'association 40 millions d’automobilistes.
 
Celle-ci entend "rassembler un maximum de personnes qui vont souhaiter se faire indemniser d'un préjudice évident". Raisonnement suivant : les propriétaires de ces voitures, qui "ne pourront plus rouler avec", "ne pourront plus non plus les vendre“. D'après l'association, 800 000 véhicules sont concernés, qui subiront une décote d'environ 1 250 euros en moyenne, soit un préjudice total de plus d'un milliard d'euros.
 
Des questions de santé publique majeures

“Est-ce que la maire de Paris Anne Hidalgo "est prête à prendre un risque à  un milliard d'euros pour une idéologie?", a ironisé Pierre Chasseray, délégué général de l'association. Réplique de l'intéressée sur RTL : "Il y a toujours des gens qui regardent dans le rétroviseur, qui n'ont pas compris que les questions de santé publique étaient majeures", la maire ayant assuré au passage qu'elle ne "reculerait pas".

"On ne se contente pas de faire que des interdictions, on propose des alternatives", en transports collectifs ou aides financières à d'autres formes de déplacement, a-t-elle ajouté.
 
Reste que les élus n’ont pas pris de cours les automobilistes puisque la mesure a été votée en 2015. Elle prévoit un échéancier précis. Il aboutira à ce que les voitures immatriculées avant le 1er  janvier 2011 seront soumises aux mêmes restrictions en 2020.
 
Des autorisations de pollutions relevées
 
Hasard du calendrier, tandis que les automobilistes s’en prennent à la Ville de Paris qui fait la chasse au véhicules les plus polluants, Paris de son côté se tourne vers la Cour de justice des communautés européennes "pour contester la décision de la Commission européenne d’augmenter de 110% les seuils autorisés d’émissions d’oxydes d’azote des véhicules".
 
La capitale a annoncé deux procédures : un recours en annulation et un recours en responsabilité devant la Cour de justice de l’Union européenne. Cette action fait suite à la publication des nouveaux seuils.
 
Anne Hidalgo y voit un "scandaleux renoncement après le scandale Volkswagen". A ses yeux, "la Commission ne peut pas demander, d’une part, que des États soient sanctionnés par la Cour de justice de l’Union européenne pour non-respect des objectifs environnementaux, tout en permettant, d’autre part, aux constructeurs automobiles de produire des véhicules qui polluent davantage".

La maire de Paris espère que plusieurs métropoles lui emboîteront le pas : Athènes, Barcelone, Bruxelles, Bucarest, Budapest, Copenhague, La Valette, Lisbonne, Amsterdam, Madrid, Milan, Nicosie, Oslo, Riga, Rotterdam, Sofia, Stockholm, Varsovie et Vienne.

Si la coïncidence de deux différentes annonces de recours résultent d'un hasard du calendrier, les deux dossiers semblent également liés. Car la décision de Bruxelles pourrait éventuellement fragiliser le fondement juridique du filtrage progressif que Paris veut imposer aux véhicules défendus par 40 millions d'automobilistes.

Mais la capitale tempère ce risque. “Nos restrictions s’appuient sur une catégorisation réalisée par l’Etat français, et qui se fonde sur l’ancienneté des véhicules (date de mise en service) et non sur leur niveau effectif de pollution (même si les deux sont de fait liés, les véhicules anciens sont les plus polluants)“ explique-t-on à l'hôtel de ville.

Marc Fressoz
 
Les particules fines plus nombreuses à Paris qu'à Londres, selon l'OMS

Environ 80% des gens vivant dans des zones urbaines sont exposés à des niveaux de qualité de l'air ne respectant pas les limites fixées par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), selon une étude publiée le 12 mai 2016.

98% des villes de plus de 100 000 habitants dans les pays pauvres ou intermédiaires ne respectent pas les lignes directrices de l'OMS relatives à la qualité de l'air. Dans les pays riches, ce pourcentage tombe à 56%.

Cette pollution de l'air ambiant due à des concentrations élevées de petites particules (MP10) et de particules fines (MP2,5) comprenant des polluants comme le sulfate, les nitrates et le carbone noir, est le principal risque environnemental pour la santé. Elle augmente le risque d'accident vasculaire cérébral, de cardiopathie, de cancer du poumon et de maladies respiratoires aiguës comme l'asthme, et cause plus de trois millions de décès prématurés annuels dans le monde, souligne l'OMS.

D'après les experts, qui ont comparé les niveaux de particules fines dans 795 villes de 67 pays, les niveaux mondiaux de pollution atmosphérique en milieu urbain ont augmenté de 8% entre 2008 et 2013.

Géographiquement, la pollution la plus élevée – cinq à dix fois supérieurs aux limites de l'OMS – est observée dans les pays pauvres ou à revenu intermédiaire de la Méditerranée orientale et de l'Asie du Sud-Est. Suivent les pays équivalents de la région du Pacifique occidental.

Riyad, Delhi, le Caire et Pékin figurent parmi les villes où l'air est le plus chargé en particules MP10. En Europe, les niveaux de concentration de petites et fines particules sont pratiquement les mêmes à Londres et Genève, alors qu'ils sont légèrement plus élevés à Paris et Rome.

La plupart des sources de pollution de l'air en milieu urbain ne proviennent pas des particuliers, d'après l'agence onusienne, qui recommande de limiter les émissions des cheminées industrielles, d'accroître l'utilisation des sources d'énergie renouvelable, et de privilégier les transports en commun rapides et les réseaux de pistes cyclables.