"Nous avons proposé aujourd'hui une convention collective qui amène des améliorations substantielles pour les salariés du fret privé et quelques améliorations significatives pour ceux de la SNCF", a déclaré Jean-Pierre Farandou, président de l'Union des transports publics et ferroviaires (UTP), qui regroupe la SNCF et ses concurrents privés, à l'issue d'une nouvelle séance de négociation le 10 mai 2016.

Trente points remaniés
 
Le projet initial, qui a mis mardi plusieurs milliers de cheminots dans la rue à Paris, a été remanié sur 30 points pour proposer "un cadre social commun de haut niveau", a-t-il précisé. "Le point d'équilibre nous parait atteint pour respecter les enjeux de sécurité, de continuité du service, d'équilibre économique pour le secteur - largement concurrencé par la route et le low-cost aérien", a ajouté M. Farandou, patron de Keolis. "Nous considérons avoir largement fait aujourd'hui notre part du travail", a-t-il dit. 
 
Parmi les évolutions, "on a bougé sur le lieu de prise de service" en spécifiant que lorsque le service démarre ou se termine "dans un lieu différent du lieu habituel, les entreprises devront prendre en compte les surcoûts de temps de trajet", a précisé Claude Faucher, délégué général de l'UTP.
 
Il a cité comme exemple d'"avancée" pour les salariés de la SNCF "l'abaissement du seuil à partir duquel les salariés peuvent bénéficier du statut de travailleur de nuit". Les seuils resteront dérogatoires par rapport au Code du travail mais seront abaissés à 300 et 400 heures par an pour les roulants et sédentaires de la SNCF.
L'UTP propose également de relever le nombre de jours de repos compensateurs pour les personnels roulants, soit un gain "de 13 jours pour les salariés du fret privé", quand dans son projet de décret le gouvernement "en fixait 11".

La balle dans le camp des syndicats
 
La prochaine réunion, prévue le 19 mai, pourra donner lieu "à des ajustements techniques" et les différents textes négociés seront "ouverts à signature au plus tard les 4 ou 5 juin". D'ici là, l'UTP "encourage toutes les entreprises ferroviaires à engager des négociations" complémentaires.
 
"S'il n'y avait pas d'accord de branche, ce serait le seul décret-socle qui s'appliquerait et donc une situation moins favorable pour les salariés. Nous invitons donc les syndicats à prendre leurs responsabilités", a ajouté M. Faucher.

Vers une grève reconductible ?
 
Une intersyndicale se réunit aujourd'hui 11 mai à 16H30 pour décider des "modalités d'une grève reconductible" en mai, selon plusieurs sources syndicales. "Pour nous, la suite logique c'est un mouvement de grève reconductible à partir du 18 mai", a affirmé Frédéric Michel, de Sud Rail PACA. Mais le scénario le plus probable est celui de nouvelles grèves les 18, 19, 25 et 26 mai, avant un éventuel durcissement du mouvement fin mai.
 
Le 10 mai, plusieurs milliers de cheminots – 15.000 selon la CGT, 5.500 selon la police – avaient battu le pavé parisien, à l'appel de tous les syndicats, pour défendre des conditions de travail "de haut niveau". Pour écarter tout risque de "dumping social", Sud Rail demande "la transposition dans la loi" du régime actuellement en vigueur à la SNCF. "Sinon, ce qui sera obtenu pourra être défait demain par accord d'entreprise", explique Frédéric Michel en pointant les possibilités ouvertes par le projet de loi Travail.

Florence Guernalec (d'après AFP)