Toujours plus de temps consacré à se déplacer au sein de la région, c’est le destin des Franciliens. Chaque enquête décennale de déplacement menée par l'Institut d'aménagement et d'urbanisme d'Ile-de-France (IAU) confirme cette tendance.

Le dernier cru fondé sur les données recueillies en 2010 (après 1976, 1983, 1991, 2001) vient de faire l’objet d’une note et d'
un rapport publié le 18 avril 2016 par l'Institut. Cette enquête souligne un nouveau record.  Les Franciliens passent  92 minutes dans les transports soit 9 de plus qu’en 2001 et un bon quart d’heure supplémentaire par rapport aux années 80.

Face aux 92 minutes des Franciliens (2010), les budgets-temps (1) de transport dans les grande métropoles sont nettement moindres. Ils  étaient de 67 minutes à Lyon (2006), 66 à Bordeaux (2009) et à Lille (2006), 64 à Marseille (2009) et 58 à Grenoble (2010).
 
Comment expliquer cette tendance francilienne ? "Jusqu’au milieu  des années 1980, le budget-temps consacré aux déplacements était globalement stable, tandis que les distances parcourues et les vitesses s’accroissaient, détaille l'IAU. On pouvait penser que les individus optimisaient leurs déplacements dans la limite d’un budget-temps donné, tout en bénéficiant des progrès réalisés dans les transports depuis les Trente Glorieuses, pour se déplacer plus rapidement, aller plus loin et ainsi accroître leur rayon d’action", continuent les auteurs de la note de synthèse Rémy Courel, économètre, chargé d’études mobilité, et Simon Gloaguen, assistant d’études mobilité.

Mais "en Île-de-France, cette stabilité commence à vaciller à la fin des années 1980. En 1976, le budget-temps est d’environ 75 minutes et reste à ce niveau jusqu’en 1983, puis augmente de près de 1% par an entre 1983 et 1991, pour s’élever à 81 minutes".

Petite décélération ensuite mais de courte durée : "sa croissance ralentit dans les années 1990 (0,3 % par an), avec seulement 2 minutes de plus entre 1991 et 2001, avant de fortement augmenter de nouveau sur la période récente : 1,2 % par an, soit 9 minutes de plus, pour arriver à 92 minutes en 2010“.

Evolutions sociologiques

Reste qu'au fil du temps, le moteur de cet accroissement du temps passé dans les transports change : le rapport entre le travail et les raisons privées se modifient. Au cours de la dernière décennie, "la baisse de la mobilité professionnelle et scolaire s’est accentuée, tandis que la mobilité pour les autres motifs s’envolait", souligne l'IAU.

"Le
budget-temps de déplacement est désormais dominé par les activités privées. Les proportions sont même l’exact opposé de celles de 1976 : 56 % du temps de déplacement sont consacrés à des motifs autres que professionnels ou scolaires. Ainsi, sur ses 92 minutes quotidiennes de déplacement, un Francilien en consacre-t-il 40 au travail et aux études, et 52 à ses autres activités". Cela vaut pour la population globale incluant actifs et inactifs.

L'IAU explique cette évolution par celle de la société et des modes de vie avec l’accroissement du temps libre, du vieillissement de la population et de la mise en place des 35 heures. "Entre 2001 et 2010, le temps des déplacements  pour les loisirs a cru de près de 50% passant de 10 à 15 minutes (contre 7 minutes en 1976)". Reste que l'organisme évacue totalement dans ses explications la question du manque de services et d'infrastructures de transport adaptés aux besoins de mobilité dans l'augmentation du temps de déplacement, un manque que viendra combler le réseau du Grand Paris Express.

Toujours est-il que ces évolutions produisent des effets sensibles sur la structure des déplacements : "On voit ainsi se dessiner une complexification sensible des déplacements" avec, par exemple, "plus de déplacements enchaînés, moins d’allers-retours simples depuis le domicile : il s’agit sans doute à la fois de gagner du temps (et peut-être aussi de réduire les dépenses)".

Le travail, premier moteur de mobilité chez les actifs

Cependant chez les actifs, le budget temps consacré reste "largement dominé par les déplacements professionnels". Ils ont une mobilité plus intense : 4,2 déplacements professionnels contre 3,8 pour les autres, et 113 contre 92 minutes par jour de semaine. Sur ces 113 minutes, les actifs en consacrent 56 aux déplacements domicile-travail et 7 de plus aux autres déplacements à caractère professionnel. Au total, l'activité professionnelle occupe 57% de leur budget-temps.

Toutefois, l'IAU apporte une nuance de taille. En fait, le nombre de déplacements liés au travail n'a cessé de diminuer, car l'habitude de rentrer déjeuner chez soi à midi a quasiment disparu en Île-de-France. Il est tombé à 1,35 contre 1,70 déplacement par jour en 1976. En revanche le temps de trajets s'est allongé.

Marc Fressoz

 
(1) Budget-temps : le budget-temps de transport (BTT) est le temps de déplacement total d’une personne sur une journée pour l’ensemble de ses motifs de déplacements et tous modes confondus.